Un accident de chemin de fer.
Nous venions de passer Gisors, o je m'tais rveill en entendant le nom de la ville, cri par les employs, et j'allais m'assoupir de nouveau, quand une secousse pouvantable me jeta sur la grosse dame qui me faisait vis--vis.
Une roue s'tait brise  la machine qui gisait en travers de la voie. Le tender et le wagon de bagages, draills aussi, s'taient couchs  ct de cette mourante qui rlait, geignait, sifflait, soufflait, crachait, ressemblait  ces chevaux tombs dans la rue, dont le flanc bat, dont la poitrine palpite, dont les naseaux fument et dont tout le corps frissonne, mais qui ne paraissent plus capables du moindre effort pour se relever et se remettre  marcher.
Il n'y avait ni morts ni blesss, quelques contusionns seulement, car le train n'avait pas encore repris son lan, et nous regardions, dsols, la grosse bte de fer estropie, qui ne pourrait plus nous traner et qui barrait la route pour longtemps peut-tre, car il faudrait sans doute faire venir de Paris un train de secours.
Guy de Maupassant.