La chatte et le chiot.
Affam et las, le jeune Miraut, ds qu'il eut mang une petite terrine de soupe trempe avec de l'eau de vaisselle, de la relavure, comme disait la Gulotte, vint flairer de son mufle encore pais les petits chats endormis. Sensible  la douce chaleur du pole et de ces deux tres aux corps vigoureux et sains, dont il n'avait aucune raison de se mfier, il se coucha sans hsiter  ct d'eux et s'endormit. La maman chatte, curieuse de ce nouvel arrivant qu'elle ne connaissait pas encore, s'tait leve sur ses quatre pattes, et, le cou tendu, les yeux ronds, avait suivi avec un immense intrt ses volutions par la pice. Le geste de confiance qu'il eut en s'tendant auprs des chatons lui fut sans doute sensible : elle augura bien de sa jeunesse ; sa maternit gnreuse pouvait s'tendre  celui-l qui, robuste et plus gros que les jeunes minets, ne leur voulait cependant pas de mal. Elle savait ce qu'il tait, elle connaissait sa race, elle l'adopta. Lgre, elle sauta de son canap et s'approcha du trio de btes dormant en tas. La langue rpeuse lcha tour  tour Mitis ou Moute, ses enfants, puis  deux ou trois reprises, aprs l'avoir bien flair, elle lcha de mme les poils du crne du jeune toutou, qui ne se rveilla point pour autant et continua de reposer en paix entre ses deux frres adoptifs. 
Louis Pergaud.