Dans le dsert.
Zarouk, le chanteur aveugle, le pote des les, raconte que les dmons de l'arme d'lblis tant parvenus jadis  effacer le sentier des Matmata, Dieu lui-mme mit plus de vingt ans  retrouver la ville. En fait, la piste est longue, malaise, incertaine, ravage par les oueds. Elle se glisse entre des montagnes nues, toutes pareilles les unes aux autres, rampe longtemps, comme au hasard, dans le sable et la pierraille, puis, aprs mille hsitations, s'lve, s'affermit, contourne d'amples croupes arides, se coule par une fissure du roc et dbouche dans un cirque brl o quelques dattiers languissent au gr des vents. La ville est l. N'taient ce le bordj et la mosque, on chercherait en vain, de l'oeil, la cit des Matmata. C'est une cit souterraine : cinq mille mes grouillent dans les cavits du sol rouge, comme des vers industrieux dans le bois sec.
Georges Duhamel.