La gazelle.
Un bruit semblable  un roulement de ds attira mon attention vers les marches de bois cru par o l'on accdait  la vranda. Lentement, dlibrment, une gazelle gravissait le perron. Elle tait si menue que ses oreilles ne m'arrivaient pas aux genoux, que ses cornes taient pareilles  des aiguilles de pin et que ses sabots avaient la dimension d'un ongle. Cette merveilleuse crature sortie du brouillard ne s'arrta que devant mes chevilles et leva son museau vers moi. Je me baissai avec toute la prcaution possible et tendis la main vers la tte la plus finement cisele, la plus exquise de la terre. La petite gazelle ne remuait pas. Je touchai ses naseaux, les caressai. Elle me laissait faire, ses yeux fixs sur les miens... Comme pour s'excuser de ne pouvoir parler, la gazelle me lcha les doigts. Puis elle dgagea son museau, tout doucement. Ses sabots firent de nouveau, sur les planches du perron, le bruit des ds qui roulent. Elle disparut.
Joseph Kessel.