Pelote basque.
La balle, lance  tours de bras, se met  voler, frappe le mur  grands coups secs, puis rebondit et traverse l'air avec la vitesse d'un boulet. Ce mur du fond, arrondi comme un feston de dme sur le ciel, est peu  peu couronn de ttes d'enfants - petits basques, petits brets, joueurs de paume de l'avenir, qui tout  l'heure vont se prcipiter, comme un vol d'oiseaux, pour ramasser la balle, chaque fois que, trop haut lance, elle dpassera la place et filera l-bas dans les champs... Ramuntcho joue comme, de sa vie, il n'avait encore jou ; il est  l'un de ces instants o l'on croit se sentir retremp de force, lger, ne pesant plus rien, et o c'est une pure joie de se mouvoir, de dtendre ses bras, de bondir. 
D'instant en instant, clac ! toujours le coup de fouet des pelotes, leur bruit sec contre le gant qui les lance ou contre le mur qui les reoit, leur mme bruit donnant la notion de toute la force dploye... Clac ! Elle fouettera jusqu' l'heure du crpuscule, la pelote, anime furieusement par des bras puissants et jeunes. Parfois, les joueurs, d'un heurt terrible, I'arrtent au vol, d'un heurt  briser d'autres muscles que les leurs. Le plus souvent, srs d'eux-mmes, ils la laissent tranquillement toucher terre, presque mourir : on dirait qu'ils ne l'attraperont jamais : et clac ! Elle repart cependant, prise juste  point, grce  une merveilleuse prcision de coup oeil, et s'en va refrapper le mur, toujours avec sa vitesse de boulet. 
Pierre Loti.