Savoir observer.
Nulle part on n'est mieux qu'en wagon ; je parle des trains rapides. On y est fort bien assis, mieux que dans n'importe quel fauteuil. Par de larges baies on voit passer les fleuves, les valles, les collines, les bourgades et les villes ; l'oeil suit les routes  flanc de coteau, des voitures sur ces routes, des trains de bateaux sur les fleuves ; toutes les richesses du pays s'talent, tantt des bls et des seigles, tantt des champs de betteraves et une raffinerie, puis de belles futaies, puis des herbages, des boeufs, des chevaux. Les tranches font voir les couches du terrain. Voil un merveilleux album de gographie que vous feuilletez sans peine, et qui change tous les jours, selon les saisons et selon le temps. On voit l'orage s'amasser derrire les collines et les voitures de foin se hter le long des routes ; un autre jour les moissonneurs travaillent dans une poussire dore et l'air vibre au soleil. Quel spectacle gale celui-l ? Mais le voyageur lit son journal, essaie de s'intresser  de mauvaises gravures, tire sa montre, bille, ouvre sa valise, la referme. 
A peine arriv, il hle un fiacre, et court comme si le feu tait  sa maison. Dans la soire, vous le retrouverez au thtre ; il admirera des arbres en carton peint, des fausses moissons, un faux clocher, de faux moissonneurs lui brailleront aux oreilles ; et il dira, tout en frottant ses genoux meurtris par l'espce de bote o il est emprisonn : 
 Les moissonneurs chantent faux ; mais le dcor n'est pas laid. 
Alain.