Un skieur hardi.
En bas l'homme filait plus vite qu'un cheval. Il se poussait avec deux btons. Le nv tait toute en longues vagues avec des creux, des montes, des descentes. L'homme s'en allait l-dessus comme un oiseau. Il tait vtu de faon lgre et dgage. Il ouvrait ses grandes jambes. Il les refermait. Il balanait ses btons. Il penchait son torse  gauche, puis  droite,  gauche,  droite, en se balanant pendant qu'il glissait  toute vitesse sur ses plaques, au fort des pentes, au revers des talus, sur les crtes, puis il plongeait comme s'il s'enfonait dans la neige ; il disparaissait puis il surgissait plus loin, les bras relevs, lanc tout droit  pleine poitrine ; il se penchait en avant, il s'accroupissait, il sautait, il reprenait sa glissade ; il volait  ras de terre comme une hirondelle aplatie par l'orage. Il fit front vers une barrire de saules. Il s'lana contre elle et, la tte en avant, les bras replis, il la traversa dans un jaillissement de poussire de neige que le soleil, maintenant haut, alluma comme un clair. 
Jean Giono.