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La petite fille et les allumettes (1).
Comme il faisait froid ! La neige tombait et la nuit n'tait pas loin ; c'tait le dernier soir de l'anne, la veille du jour de l'an. Au milieu de ce froid et de cette obscurit, une pauvre petite fille passa dans la rue, la tte et les pieds nus. Elle avait, il est vrai, des pantoufles en quittant la maison, mais elles ne lui avaient pas servi longtemps : c'taient de grandes pantoufles que sa mre avait dj uses, si grandes que la petite les perdit en se pressant de traverser la rue entre deux voitures. L'une fut rellement perdue ; quant  l'autre, un gamin l'emporta avec l'intention d'en faire un berceau pour son petit enfant, quand le ciel lui en donnerait un.
Hans Christian Andersen.
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La petite fille et les allumettes (2).
La petite fille cheminait sur ses petits pieds nus, qui taient rouges et bleus de froid ; elle avait dans son vieux tablier une grande quantit d'allumettes, et elle portait  la main un paquet. C'tait pour elle une mauvaise journe ; pas d'acheteurs, donc pas le moindre sou. Elle avait bien faim et bien froid, bien misrable mine. Pauvre petite ! Les flocons de neige tombaient dans ses longs cheveux blonds, si gentiment boucls autour de son cou ; mais songeait-elle seulement  ses cheveux boucls ? Les lumires brillaient aux fentres, le fumet des rtis s'exhalait dans la rue ; c'tait la veille du jour de l'an : voil  quoi elle songeait. 
Hans Christian Andersen.
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La petite fille et les allumettes (3).
Elle s'assit et s'affaissa sur elle-mme dans un coin, entre deux maisons. Le froid la saisit de plus en plus, mais elle n'osait pas retourner chez elle : elle rapportait ses allumettes, et pas la plus petite pice de monnaie. Il la battrait ; et, du reste, chez elle, est-ce qu'il ne faisait pas froid aussi ? Ils logeaient sous le toit, et le vent soufflait au travers, quoique les plus grandes fentes eussent t bouches avec de la paille et des chiffons.
Hans Christian Andersen.
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La petite fille et les allumettes (4).
Ses petites mains taient presque mortes de froid. Hlas ! Qu'une petite allumette leur ferait du bien ! Si elle osait en tirer une seule du paquet, la frotter sur le mur et rchauffer ses doigts ! Elle en tira une : ritch ! Comme elle clata ! Comme elle brla ! C'tait une flamme chaude et claire comme une petite chandelle, quand elle la couvrit de sa main. Quelle lumire bizarre ! Il semblait  la petite fille qu'elle tait assise devant un grand pole de fer orn de boules et surmont d'un couvercle en cuivre luisant. Le feu y brlait si magnifique, il chauffait si bien ! Mais qu'y a-t-il donc ? La petite tendait dj ses pieds pour les chauffer aussi ; la flamme s'teignit, le pole disparut : elle tait assise, un petit bout d'allumette brle  la main.
Hans Christian Andersen.
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La petite fille et les allumettes (5).
Elle en frotta une seconde, qui brla, qui brilla, et, l o la lueur tomba sur le mur, il devint transparent comme une gaze. La petite pouvait voir jusque dans une chambre o la table tait couverte d'une nappe blanche, blouissante de fines porcelaines, et sur laquelle une oie rtie, farcie de pruneaux et de pommes, fumait avec un parfum dlicieux. O surprise ! Tout  coup l'oie sauta de son plat et roula sur le plancher, la fourchette et le couteau dans le dos, jusqu' la pauvre fille. L'allumette s'teignit : elle n'avait devant elle que le mur pais et froid.
Hans Christian Andersen.
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La petite fille et les allumettes (6).
En voil une troisime allume. Aussitt elle se vit assise sous un magnifique arbre de Nol ; il tait plus riche et plus grand encore que celui qu'elle avait vu,  la Nol dernire,  travers la porte vitre, chez le riche marchand. Mille chandelles brlaient sur les branches vertes, et des images de toutes couleurs, comme celles qui ornent les vitrines des magasins, semblaient lui sourire. La petite leva les deux mains : l'allumette s'teignit ; toutes les chandelles de Nol montaient, montaient, et elle s'aperut alors que ce n'tait que les toiles. Une d'elle tomba et traa une longue raie de feu dans le ciel. 
C'est quelqu'un qui meurt, se dit la petite ; car sa vieille grand-mre, qui seule avait t bonne pour elle, mais n'tait plus, lui rptait souvent : 
Hans Christian Andersen.
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La petite fille et les allumettes (7).
Lorsqu'une toile tombe, c'est qu'une me monte  Dieu. Elle frotta encore une allumette sur le mur : il se fit une grande lumire au milieu de laquelle la grand-mre se tenait debout, avec un air si doux, si radieux ! 
" Grand-mre, s'cria la petite, emmne-moi. Lorsque l'allumette s'teindra, je sais que tu n'y seras plus. Tu disparatras comme le pole de fer, comme l'oie rtie, comme le bel arbre de Nol ". Elle frotta promptement le reste du paquet, car elle tenait  garder sa grand-mre, et les allumettes rpandirent un clat plus vif que celui du jour. Jamais la grand-mre n'avait t si grande et si belle. Elle prit la petite fille sur son bras, et toutes les deux s'envolrent joyeuses au milieu de ce rayonnement, si haut, si haut, qu'il n'y avait plus ni froid, ni faim, ni angoisse ; elles taient chez Dieu.
Hans Christian Andersen.



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La petite fille et les allumettes (8).
Mais dans le coin, entre les deux maisons, tait assise, quand vint la froide matine, la petite fille, les joues toutes rouges, le sourire sur la bouche ... morte, morte de froid, le dernier soir de l'anne. Le jour de l'an se leva sur le petit cadavre assis l avec les allumettes, dont un paquet avait t presque tout brl. 
" Elle a voulu se chauffer ! ", dit quelqu'un. Tout le monde ignora les belles choses qu'elle avait vues, et au milieu de quelle splendeur elle tait entre avec sa vieille grand-mre dans la nouvelle anne. 
Hans Christian Andersen.
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Amiti.
Les copains, un sac sur l'paule, ou une musette en bandoulire, s'avanaient  la file. Ils taient contents d'une foule de choses, d'avoir une bande de ciel clair sur leurs ttes, d'tre engags si profondment dans une fort si tnbreuse, et d'aller o ils allaient. Ils taient contents d'tre sept bons copains marchant  la file, de porter, sur le dos ou sur le flanc, de la boisson et de la nourriture, et de trbucher contre une racine, ou de fourrer le pied dans un trou d'eau !
Ils taient contents d'tre sept bons copains, tout seuls, perdus  l'heure d'avant la nuit, dans une immensit pas humaine,  des milliers de pas du premier homme. Ils taient contents d'avoir agi ensemble, et d'tre ensemble dans un mme lieu de la terre pour s'en souvenir.
Romain Rolland.
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Un accident de chemin de fer (1).
Nous venions de passer Gisors, o je m'tais rveill en entendant le nom de la ville, cri par les employs, et j'allais m'assoupir de nouveau, quand une secousse pouvantable me jeta sur la grosse dame qui me faisait vis--vis.
Une roue s'tait brise  la machine qui gisait en travers de la voie. Le tender et le wagon de bagages, draills aussi, s'taient couchs  ct de cette mourante qui rlait, geignait, sifflait, soufflait, crachait, ressemblait  ces chevaux tombs dans la rue, dont le flanc bat, dont la poitrine palpite, dont les naseaux fument et dont tout le corps frissonne, mais qui ne paraissent plus capables du moindre effort pour se relever et se remettre  marcher.
Guy de Maupassant.
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Un accident de chemin de fer (2).
Il n'y avait ni morts ni blesss, quelques contusionns seulement, car le train n'avait pas encore repris son lan, et nous regardions, dsols, la grosse bte de fer estropie, qui ne pourrait plus nous traner et qui barrait la route pour longtemps peut-tre, car il faudrait sans doute faire venir de Paris un train de secours.
Guy de Maupassant.
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L'araigne (1).
Une belle araigne des jardins, ma foi, le ventre en gousse d'ail, barr d'une croix historie. Elle dormait ou chassait, le jour, sur sa toile tendue au plafond de la chambre  coucher. La nuit, vers trois heures, au moment o l'insomnie quotidienne rallumait la lampe, rouvrait le livre au chevet de ma mre, la grosse araigne s'veillait aussi, prenait ses mesures d'arpenteur et quittait le plafond au bout d'un fil, droit au-dessus de la veilleuse  huile o tidissait, toute la nuit, un bol de chocolat.
Colette.
CM013.txt
L'araigne (2).
Elle descendait, lente, balance mollement comme une grosse perle, empoignait de ses huit pattes le bord de la tasse, se penchait tte premire, et buvait jusqu' satit. Puis elle remontait, lourde de chocolat crmeux, avec les haltes, les mditations qu'imposent un ventre trop charg, et reprenait sa place au centre de son grement de soie... 
Colette.
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Les brigands.
Les huit sacripants qui se mirent en cercle autour de nous taient d'une telle malpropret, que j'aurais voulu leur donner mon argent avec des pincettes. On devinait avec un peu d'effort que leurs bonnets avaient t rouges ; mais la lessive elle-mme n'aurait pas su retrouver la couleur originelle de leurs habits. Tous les rochers du royaume avaient dteint sur leur jupe de percale, et leurs vestes gardaient un chantillon des divers terrains sur lesquels ils s'taient reposs. Leurs mains, leurs figures et jusqu' leurs moustaches taient d'un gris rougetre comme le sol qui les portait. Chaque animal se colore suivant son domicile et ses habitudes : les renards du Groenland sont couleur de neige ; les lions, couleur de dsert; les perdrix, couleur de sillon ; les brigands grecs, couleur de grand chemin...
About Edmont.
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Le secret de matre Cornille (1).
Francet Mama, un vieux joueur de fifre, qui vient de temps en temps faire la veille chez moi, en buvant du vin cuit, m'a racont l'autre soir un petit drame de village dont mon moulin a t tmoin il y a quelque vingt ans. Le rcit du bonhomme m'a touch, et je vais essayer de vous le redire tel que je l'ai entendu. Imaginez-vous pour un moment, chers lecteurs, que vous tes assis devant un pot de vin tout parfum, et que c'est un vieux joueur de fifre qui vous parle.
Alphonse Daudet.
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Le secret de matre Cornille (2).
Notre pays, mon bon monsieur, n'a pas toujours t un endroit mort et sans refrains comme il est aujourd'hui. Auparavant, il s'y faisait un grand commerce de meunerie, et, dix lieues  la ronde, les gens des mas nous apportaient leur bl  moudre... Tout autour du village, les collines taient couvertes de moulins  vent. De droite et de gauche on ne voyait que des ailes qui viraient au mistral par-dessus les pins, des ribambelles de petits nes chargs de sacs, montant et dvalant le long des chemins ; et toute la semaine c'tait plaisir d'entendre sur la hauteur le bruit des fouets, le craquement de la toile et le dia bue ! des aides-meuniers... Le dimanche nous allions aux moulins, par bandes. L-haut, les meuniers payaient le muscat. Les meunires taient belles comme des reines, avec leurs fichus de dentelles et leurs croix d'or. Moi, j'apportais mon fifre et, jusqu' la noire nuit, on dansait des farandoles. 
Alphonse Daudet.
CM017.txt
Le secret de matre Cornille (3).
Ces moulins-l, voyez-vous, faisaient la joie et la richesse de notre pays. Malheureusement, des Franais de Paris eurent l'ide d'tablir une minoterie  vapeur, sur la route de Tarascon. Tout beau, tout nouveau ! Les gens prirent l'habitude d'envoyer leurs bls aux minotiers, et les pauvres moulins  vent restrent sans ouvrage. Pendant quelque temps ils essayrent de lutter, mais la vapeur fut la plus forte et, l'un aprs l'autre, pcare ! Ils furent tous obligs de fermer... 
Alphonse Daudet.
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Le secret de matre Cornille (4).
On ne vit plus venir les petits nes ... Les belles meunires vendirent leurs croix d'or ... Plus de muscat ! Plus de farandole ! ... Le mistral avait beau souffler, les ailes restaient immobiles ... Puis, un beau jour, la commune fit jeter toutes ces masures  bas, et l'on sema  leur place de la vigne et des oliviers. 
Pourtant, au milieu de la dbcle, un moulin avait tenu bon et continuait de virer courageusement sur sa butte,  la barbe des minotiers. C'tait le moulin de matre Cornille, celui-l mme o nous sommes en train de faire la veille en ce moment.
Alphonse Daudet.
CM019.txt
Le secret de matre Cornille (5).
Matre Cornille tait un vieux meunier, vivant depuis soixante ans dans la farine et enrag pour son tat. L'installation des minoteries l'avait rendu comme fou. Pendant huit jours, on le vit courir par le village, ameutant tout le monde autour de lui et criant de toutes ses forces qu'on voulait empoisonner la Provence avec la farine des minotiers. 
" N'allez pas l-bas, disait-il ; ces brigands-l, pour faire le pain, se servent de la vapeur, qui est une invention du diable, tandis que moi je travaille avec le mistral et la tramontane, qui sont la respiration du Bon Dieu ... " Et il trouvait comme cela une foule de belles paroles  la louange des moulins  vent, mais personne ne les coutait.
Alphonse Daudet.
CM020.txt
Le secret de matre Cornille (6).
Alors, de male rage, le vieux s'enferma dans son moulin et vcut tout seul comme une bte farouche. Il ne voulut pas mme garder prs de lui sa petite-fille Vivette, une enfant de quinze ans, qui, depuis la mort de ses parents, n'avait plus que son grand au monde. La pauvre petite fut oblige de gagner sa vie et de se louer un peu partout : dans les mas, pour la moisson, les magnans ou les olivades. Et pourtant son grand-pre avait l'air de bien l'aimer, cette enfant-l. Il lui arrivait souvent de faire ses quatre lieues  pied, par le grand soleil, pour aller la voir au mas o elle travaillait, et quand il tait prs d'elle, il passait des heures entires  la regarder en pleurant. 
Alphonse Daudet.
CM021.txt
Le secret de matre Cornille (7).
Dans le pays on pensait que le vieux meunier, en renvoyant Vivette, avait agi par avarice ; et cela ne lui faisait pas honneur de laisser sa petite-fille ainsi traner d'une ferme  l'autre, expose aux brutalits des vales, et  toutes les misres des jeunesses en condition. On trouvait trs mal aussi qu'un homme du renom de matre Cornille, et qui, jusque-l, s'tait respect, s'en allt maintenant par les rues comme un vrai bohmien, pieds nus, le bonnet trou, la taillole en lambeaux... Le fait est que le dimanche, lorsque nous le voyions entrer  la messe, nous avions honte pour lui, nous autres les vieux ; et Cornille le sentait si bien qu'il n'osait plus venir s'asseoir sur le banc d'uvre. Toujours il restait au fond de l'glise, prs du bnitier, avec les pauvres. 
Alphonse Daudet.
CM022.txt
Le secret de matre Cornille (8).
Dans la vie de matre Cornille il y avait quelque chose qui n'tait pas clair. Depuis longtemps, personne, au village, ne lui portait plus de bl, et pourtant les ailes de son moulin allaient toujours leur train comme devant ... Le soir, on rencontrait par les chemins le vieux meunier poussant devant lui son ne charg de gros sacs de farine. 
" - Bonnes vpres, matre Cornille ! lui criaient les paysans ; a va donc toujours, la meunerie ? 
- Toujours, mes enfants, rpondait le vieux d'un air gaillard. Dieu merci, ce n'est pas l'ouvrage qui nous manque. "
Alphonse Daudet.




CM023.txt
Le secret de matre Cornille (9).
Alors, si on lui demandait d'o diable pouvait venir tant d'ouvrage, il se mettait un doigt sur les lvres et rpondait gravement : 
" Motus ! je travaille pour l'exportation... " Jamais on n'en put tirer davantage. 
Quant  mettre le nez dans son moulin, il n'y fallait pas songer. La petite Vivette elle-mme n'y entrait pas... Lorsqu'on passait devant, on voyait la porte toujours ferme, les grosses ailes toujours en mouvement, le vieil ne broutant le gazon de la plate-forme, et un grand chat maigre qui prenait le soleil sur le rebord de la fentre et vous regardait d'un air mchant.
Alphonse Daudet.
CM024.txt
Le secret de matre Cornille (10).
Tout cela sentait le mystre et faisait beaucoup jaser le monde. Chacun expliquait  sa faon le secret de matre Cornille, mais le bruit gnral tait qu'il y avait dans ce moulin-l encore plus de sacs d'cus que de sacs de farine. A la longue pourtant tout se dcouvrit ; voici comment : en faisant danser la jeunesse avec mon fifre, je m'aperus un beau jour que l'an de mes garons et la petite Vivette s'taient rendus amoureux l'un de l'autre. Au fond je n'en fus pas fch, parce qu'aprs tout le nom de Cornille tait en honneur chez nous, et puis ce joli petit passereau de Vivette m'aurait fait plaisir  voir trotter dans ma maison. Seulement, comme nos amoureux avaient souvent occasion d'tre ensemble, je voulus, de peur d'accident, rgler l'affaire tout de suite, et je montai jusqu'au moulin pour en toucher deux mots au grand-pre... Ah ! Le vieux sorcier ! Il faut voir de quelle manire il me reut !
Alphonse Daudet.
CM025.txt
Le secret de matre Cornille (11).
Impossible de lui faire ouvrir sa porte. Je lui expliquai mes raisons tant bien que mal,  travers le trou de la serrure ; et tout le temps que je parlais, il y avait ce coquin de chat maigre qui soufflait comme un diable au-dessus de ma tte. Le vieux ne me donna pas le temps de finir, et me cria fort malhonntement de retourner  ma flte ; que, si j'tais press de marier mon garon, je pouvais bien aller chercher des filles  la minoterie... Pensez que le sang me montait d'entendre ces mauvaises paroles ; mais j'eus tout de mme assez de sagesse pour me contenir, et, laissant ce vieux fou  sa meule, je revins annoncer aux enfants ma dconvenue...
Alphonse Daudet.
CM026.txt
Le secret de matre Cornille (12).
Ces pauvres agneaux ne pouvaient pas y croire ; ils me demandrent comme une grce de monter tous deux ensemble au moulin, pour parler au grand-pre... Je n'eus pas le courage de refuser, et prrt ! Voil mes amoureux partis. 
Tout juste comme ils arrivaient l-haut, matre Comille venait de sortir. La porte tait ferme  double tour ; mais le vieux bonhomme, en partant, avait laiss son chelle dehors, et tout de suite l'ide vint aux enfants d'entrer par la fentre, voir un peu ce qu'il y avait dans ce fameux moulin... 
Chose singulire ! La chambre de la meule tait vide... 
Alphonse Daudet.
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Le secret de matre Cornille (13).
Pas un sac, pas un grain de bl ; pas la moindre farine sur les murs ni sur les toiles d'araigne... On ne sentait pas mme cette bonne odeur chaude de froment cras qui embaume dans les moulins... L'arbre de couche tait couvert de poussire, et le grand chat maigre dormait dessus. 
La pice du bas avait le mme air de misre et d'abandon : un mauvais lit, quelques guenilles, un morceau de pain sur une marche d'escalier, et puis, dans un coin, trois ou quatre sacs crevs d'o coulaient des gravats et de la terre blanche.
Alphonse Daudet.
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Le secret de matre Cornille (14).
C'tait l le secret de matre Cornille ! C'tait ce pltras qu'il promenait le soir par les routes, pour sauver l'honneur du moulin et faire croire qu'on y faisait de la farine ... 
Pauvre moulin ! Pauvre Cornille ! Depuis longtemps les minotiers leur avaient enlev leur demire pratique. Les ailes viraient toujours, mais la meule tournait  vide. 
Les enfants revinrent tout en larmes me conter ce qu'ils avaient vu. J'eus le cur crev de les entendre ... Sans perdre une minute, je courus chez les voisins, je leur dis la chose en deux mots, et nous convnmes qu'il fallait, sur l'heure, porter au moulin de Cornille tout ce qu'il y avait de froment dans les maisons ... Sitt dit, sitt fait. Tout le village se met en route, et nous arrivons l-haut avec une procession d'nes chargs de bl, du vrai bl, celui-l ! 
Alphonse Daudet.
CM029.txt
Le secret de matre Cornille (15).
Le moulin tait grand ouvert... Devant la porte, matre Cornille, assis sur un sac de pltre, pleurait, la tte dans ses mains. Il venait de s'apercevoir, en rentrant, que pendant son absence on avait pntr chez lui et surpris son triste secret. 
" Pauvre de moi ! disait-il. Maintenant, je n'ai plus qu' mourir... Le moulin est dshonor. "
Et il sanglotait  fendre l'me, appelant son moulin par toutes sortes de noms, lui parlant comme  une personne vritable.
Alphonse Daudet.


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Le secret de matre Cornille (16).
A ce moment, les nes arrivent sur la plate-forme, et nous nous mettons tous  crier bien fort, comme au beau temps des meuniers : 
" Oh ! du moulin !... Oh ! matre Cornille ! "
Et voil les sacs qui s'entassent devant la porte et le beau grain roux qui se rpand par terre, de tous cts... 
Matre Cornille ouvrait de grands yeux. Il avait pris du bl dans le creux de sa vieille main et il disait, riant et pleurant  la fois : 
" C'est du bl !... Seigneur Dieu !... Du bon bl ! Laissez-moi que je le regarde. "
Alphonse Daudet.
CM031.txt
Le secret de matre Cornille (17).
Puis se tournant vers nous : " Ah ! je savais bien que vous me reviendriez... Tous ces minotiers sont des voleurs. "
Nous voulions l'emporter en triomphe au village : 
" Non, non, mes enfants ; il faut avant tout que j'aille donner  manger  mon moulin... Pensez donc ! il y a si longtemps qu'il ne s'est rien mis sous la dent ! "
Et nous avions tous des larmes dans les yeux de voir le pauvre vieux se dmener de droite et de gauche, ventrant les sacs, surveillant la meule, tandis que le grain s'crasait et que la fine poussire de froment s'envolait au plafond.
Alphonse Daudet.
CM032.txt
Le secret de matre Cornille (18).
C'est une justice  nous rendre :  partir de ce jour-l, jamais nous ne laissmes le vieux meunier manquer d'ouvrage. Puis, un matin, matre Cornille mourut, et les ailes de notre dernier moulin cessrent de virer, pour toujours cette fois ... Cornille mort, personne ne prit sa suite. Que voulez-vous, monsieur ! ... Tout a une fin en ce monde, et il faut croire que le temps des moulins  vent tait pass comme celui des coches sur le Rhne, des parlements et des jaquettes  grandes fleurs. 
Alphonse Daudet.
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Le Colonel Chabert (1).
L'tude tait une grande pice orne du pole classique qui garnit tous les antres de la chicane. Les tuyaux traversaient diagonalement la chambre et rejoignaient une chemine condamne sur le marbre de laquelle se voyaient divers morceaux de pain, des triangles de fromage de Brie, des ctelettes de porc frais, des verres, des bouteilles, et la tasse de chocolat du Matre clerc. L'odeur de ces comestibles s'amalgamait si bien avec la puanteur du pole chauff sans mesure avec le parfum particulier aux bureaux et aux paperasses, que la puanteur d'un renard n'y aurait pas t sensible. 
Honor de Balzac.
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Le Colonel Chabert (2).
Le plancher tait dj couvert de fange et de neige apporte par les clercs. Prs de la fentre se trouvait le secrtaire  cylindre du Principal, et auquel tait adosse la petite table destine au second clerc... Derrire le Matre clerc tait un norme casier qui garnissait le mur du haut en bas, et dont chaque compartiment tait bourr de liasses d'o pendaient un nombre infini d'tiquettes et de bouts de fil rouge qui donnent une physionomie spciale aux dossiers de procdure. Les rangs infrieurs du casier taient pleins de cartons jaunis par l'usage, bords de papier bleu, et sur lesquels se lisaient les noms des gros clients dont les affaires juteuses se cuisinaient en ce moment. 
Honor de Balzac.
CM035.txt
Les cerisiers (1).
Les vieux cerisiers avaient fleuri, tous ensemble, dans la mme semaine o s'ouvraient les amandiers et les poiriers. Les poiriers fleurissent en houppes, les amandiers en toiles ; eux, les cerisiers de la fort transplants dans la plaine, ils fleurissaient en quenouilles blanches. Autour des rameaux charnus, gonfls et jasps de rouge par la sve, des milliers de corolles neigeuses floconnaient et tremblaient sur leur queue grle, toutes si rapproches qu'on ne voyait plus la branche en maints endroits. Chaque arbre jetait en tous sens ses fuseaux fleuris.
Ren Bazin.
CM036.txt
Les cerisiers (2).
D'un bord  l'autre de l'avenue, tant les cerisiers taient vieux, les pointes des rameaux en fleur se touchaient et se mlaient. Un peuple d'abeilles les enveloppait d'ailes battantes. Une odeur subtile de miel flottait en charpes dans l'avenue, et s'en allait au vent de la plaine, sur les gurets, sur les terres  peine vtues et surprises par ce printemps. Il n'y avait point d'arbres, dans la grande valle ouverte, qui puissent lutter de splendeur avec ce chemin de paradis.
Ren Bazin.







CM037.txt
Cosette et le seau.
Cosette saisit l'anse  deux mains. Elle eut de la peine  soulever le seau. Elle fit ainsi une douzaine de pas, mais le seau tait plein, il tait lourd, elle fut force de le reposer  terre. Elle respira un instant, puis elle enleva l'anse de nouveau et se remit  marcher, cette fois un peu plus longtemps. Mais il fallut s'arrter encore. Aprs quelques secondes de repos, elle repartit. Elle marchait penche en avant, la tte baisse, comme une vieille, le poids du seau tendait et raidissait ses bras maigres ; I' anse de fer achevait d'engourdir et de geler ses petites mains mouilles ; de temps en temps, elle tait force de s'arrter, et chaque fois qu'elle s'arrtait, I'eau froide qui dbordait du seau tombait sur ses jambes nues. 
Victor Hugo.
CM038.txt
Aux courses (1).
Les spectateurs des tribunes avaient grimp sur les bancs. Les autres, debout dans les voitures, suivaient avec des lorgnettes  la main l'volution des jockeys ; on les voyait filer comme des taches rouges, jaunes, blanches et bleues sur toute la longueur de la foule, qui bordait le tour de l' hippodrome. De loin, leur vitesse n'avait pas l'air excessive ;  l'autre bout du Champ de Mars, ils semblaient mme ralentir et ne plus avancer que par une sorte de glissement, o les ventres des chevaux touchaient la terre sans que leurs jambes tendues pliassent. 
Gustave Flaubert.
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Aux courses (2).
Mais revenant bien vite, ils grandissaient ; leur passage coupait le vent, le sol tremblait, les cailloux volaient; I'air s'engouffrant dans les casaques des jockeys, les faisait palpiter comme des voiles ;  grands coups de cravache, ils fouaillaient leurs btes pour atteindre le poteau, c'tait le but. On enlevait les chiffres, un autre tait hiss, et, au milieu des applaudissements, le cheval victorieux se tranait jusqu'au pesage, tout couvert de sueur, les genoux raidis, I'encolure basse, tandis que son cavalier, comme agonisant sur sa selle, se tenait les ctes. 
Gustave Flaubert.
CM040.txt
Dans le dsert.
Zarouk, le chanteur aveugle, le pote des les, raconte que les dmons de l'arme d'lblis tant parvenus jadis  effacer le sentier des Matmata, Dieu lui-mme mit plus de vingt ans  retrouver la ville. En fait, la piste est longue, malaise, incertaine, ravage par les oueds. Elle se glisse entre des montagnes nues, toutes pareilles les unes aux autres, rampe longtemps, comme au hasard, dans le sable et la pierraille, puis, aprs mille hsitations, s'lve, s'affermit, contourne d'amples croupes arides, se coule par une fissure du roc et dbouche dans un cirque brl o quelques dattiers languissent au gr des vents. La ville est l. N'taient ce le bordj et la mosque, on chercherait en vain, de l'il, la cit des Matmata. C'est une cit souterraine : cinq mille mes grouillent dans les cavits du sol rouge, comme des vers industrieux dans le bois sec.
Georges Duhamel.
CM041.txt
La vieille cole.
Pauvre vieille cole, dlabre, malsaine, mais si amusante ! Ah ! les beaux btiments qu'on construit ne te feront pas oublier. Les chambres du premier tage, celles des instituteurs, taient maussades et incommodes ; le rez-de-chausse, nos deux salles l'occupaient, la grande et la petite, deux salles incroyables de laideur et de salet, avec des tables comme je n'en revis jamais, diminues de moiti par l'usure, et sur lesquelles nous aurions d, raisonnablement, devenir bossues au bout de six mois. L'odeur de ces classes, aprs les trois heures d'tude du matin et de l'aprs-midi, tait littralement  renverser.
Colette.
CM042.txt
L'cureuil et les geais (1).
Mais le geai sentinelle prit son lan et vint battre de l'aile au-dessus de Guerriot, le menaant de son bec coupant et pointu. Sans hsiter alors, cette fois l'cureuil furieux bondit de sa branche et sauta sur le geai, pour le chtier d'un bon coup de dent. Jacquot, le geai, voyant le geste, vira de l'aile brusquement, de sorte que Guerriot ne put lui arracher que deux plumes de la queue, ce qui fit crier l'autre bien plus fort encore de colre et de souffrance. En mme temps, il appelait  l'aide tous ses frres pour repousser l'ennemi.
Louis Pergaud.
CM043.txt
L'cureuil et les geais (2).
A son appel, il y eut parmi les branches un froufroutement effrayant d'ailes claquant et un vacarme assourdissant de cris. Tous les geais, prenant leur vol, se prcipitaient en piaillant sur l'cureuil ... Guerriot, alors, se dtendit comme un ressort, d'un coup de tte en renversa un, en griffa un autre d'un coup de patte au passage, en mordit un troisime d'un coup de dents, et se trouva perch tout  coup  deux mtres plus haut, presque au-dessus de l'arbre.
Louis Pergaud.
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L'cureuil (1).
Rro attendait, les yeux fixs sur la bte rousse, les oreilles coutant le crpitement lger des faines qu'elle grignotait l-haut. Elle les portait des deux mains  sa gueule, les dcortiquait lestement. Aprs quoi, d'une seule patte, elle les poussait contre ses incisives qui cisaillaient et rongeaient l'amande ple, si vite qu'elle semblait fondre comme une noix de beurre dans la pole. 
Maurice Genevoix.
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L'cureuil (2).
Enfin l'cureuil eut mang. Il se tourna sur la fourche de branches, se retourna, sauta, et descendit, la tte en bas, le long du tronc. Rro le vit passer prs de lui, trottant sur l'ados du foss. Il vit onduler sous ses yeux les courbes vives de son lan, il vit les aigrettes de poils raides  la pointe de ses oreilles, et la longue queue fourre que l'air semblait soulever comme l'aile d'un oiseau.
Maurice Genevoix.
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Ma chatte Fanchette.
Elle m'aime au point de comprendre ce que je dis, et de venir me caresser la bouche quand elle entend le son de ma voix. Elle aime aussi les livres comme un vieux savant, cette Fanchette, et me tourmente chaque soir aprs le dner pour que je retire de leur rayon deux ou trois gros Larousse de papa, le vide qu'ils laissent forme une espce de petite chambre carre o Fanchette s'installe et se lave ; je referme la vitre sur elle, et son ronron prisonnier vibre avec un bruit de tambour voil, incessant. De temps en temps, je la regarde, alors elle me fait signe avec ses sourcils, qu'elle lve, comme une personne. Belle Fanchette, que tu es intressante et comprhensive !
Colette.
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Les lphants dans la savane en feu (1).
Depuis la dernire nuit de pleine lune, les lphants fuyaient  travers la savane. Ils fuyaient les hommes blancs porteurs du tonnerre et les rabatteurs ngres arms d'une longue lance. Surtout, ils fuyaient le feu ! la fleur soudaine aux innombrables ptales rouges, insidieux et cruels, l'trange fleur vivante qui parfois tombe du ciel et qui meurt au bord de l'eau avec des barrissements rageurs... 
Ernest Prochon.
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Les lphants dans la savane en feu (2).
Ils fuyaient le feu qui rampe, qui court, qui vole, le feu qui dvore les herbes sches, les cafiers sauvages, les arbustes pineux et qui triomphe mme des grands arbres, le feu qui crpite, qui gronde, qui siffle, qui ronfle, qui hurle, le feu qui crache la fume suffocante et dont les morsures sont plus douloureuses que les morsures de l'acier... Ils fuyaient le feu, l'arme mystrieuse et terrible des hommes.
Ernest Prochon.
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Interrogations.
Pas de lune. Les toiles avaient au fond du ciel noir des scintillements frmissants. Qui habite ces mondes ? Quelles formes, quels vivants, quels animaux, quelles plantes sont l-bas ? Ceux qui pensent dans ces univers lointains, que savent-ils plus que nous ? Que peuvent-ils plus que nous ? Que voient-ils que nous ne connaissons point ? Un d'eux, un jour ou l'autre, traversant l'espace, n'apparatra-t-il pas sur notre terre pour la conqurir, comme les Normands jadis traversaient la mer pour asservir des peuples plus faibles ? 
Guy de Maupassant.
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La fte foraine (1).
La fte s'tendait sur la Grand'Place et la place du March. Le monde peu  peu se rassemblait l, et dans les rues avoisinantes. Bourgeois de la ville, paysans, ouvriers, petits commerants. Tout le canton rappliquait, avec des chars  bancs, des tombereaux, des bicyclettes. On remontait  pied du faubourg. Cela faisait un grand caquet, encore mal  son aise, les voix trop claires parce qu'il n'tait pas encore nuit. Des jeunes gens avantageux s'taient dj mis  faire valoir leurs biceps devant le Caf des Arts o il y avait une tte de Turc sur laquelle on tapait avec un marteau pour faire grimper un dynamomtre. 
Aragon.
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La fte foraine (2).
Aux fentres des roulottes, les forains regardaient, attendant l'heure. Certains s'affairaient encore  la toilette de leurs boutiques. Il y avait un tir, deux loteries, le mange, les balanoires, un thtre avec des glaces et des femmes pailletes qu'on apercevait quand le rideau de velours grenat, sur le fond de l'estrade, s'entrebillait. Un jeu de flches, place du March, o on gagnait du nougat. Tout a s'clairait. Les platanes ne se ressemblaient plus. Les balanoires se mirent de la partie...
Aragon.
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Le chant du rossignol.
Nul n'ignore que l'oiseau divin seul sait chanter. Les autres sifflent, gazouillent, mais n'ont point de registre. Ils ne possdent que trois ou quatre notes gales, rptes sans inflexions. Lui, bien qu'il ne connaisse pas de ton, ni de rythme, que l'on ne puisse point crire ce qu'il chante, il module sa berceuse, - car il ne chante qu' la saison des nids - , il enfle, file, prcipite les sons, trane ou rompt la phrase, la pique de cris fluides, remplit de soupirs ou de sanglots pathtiques, monte et descend la gamme en quelques coups de gosier, respire enfin entre deux clats, comme s'il sentait la valeur d'un silence subit... Et tout cela est pur, clatant, facile...
J. de Pesquidoux.






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La chatte et le chiot (1).
Affam et las, le jeune Miraut, ds qu'il eut mang une petite terrine de soupe trempe avec de l'eau de vaisselle, de la relavure, comme disait la Gulotte, vint flairer de son mufle encore pais les petits chats endormis. Sensible  la douce chaleur du pole et de ces deux tres aux corps vigoureux et sains, dont il n'avait aucune raison de se mfier, il se coucha sans hsiter  ct d'eux et s'endormit. 
Louis Pergaud.
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La chatte et le chiot (2).
La maman chatte, curieuse de ce nouvel arrivant qu'elle ne connaissait pas encore, s'tait leve sur ses quatre pattes, et, le cou tendu, les yeux ronds, avait suivi avec un immense intrt ses volutions par la pice. Le geste de confiance qu'il eut en s'tendant auprs des chatons lui fut sans doute sensible : elle augura bien de sa jeunesse ; sa maternit gnreuse pouvait s'tendre  celui-l qui, robuste et plus gros que les jeunes minets, ne leur voulait cependant pas de mal.
Louis Pergaud.
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La chatte et le chiot (3).
Elle savait ce qu'il tait, elle connaissait sa race, elle l'adopta. Lgre, elle sauta de son canap et s'approcha du trio de btes dormant en tas. La langue rpeuse lcha tour  tour Mitis ou Moute, ses enfants, puis  deux ou trois reprises, aprs l'avoir bien flair, elle lcha de mme les poils du crne du jeune toutou, qui ne se rveilla point pour autant et continua de reposer en paix entre ses deux frres adoptifs. 
Louis Pergaud.
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Un chien affectueux (1).
Au bruit de la chute, Riquet avait saut en bas du fauteuil et couru vers son malheureux matre. Prs de lui, maintenant, il s'agitait plein de trouble, avanait, reculait. Tour  tour il s'approchait par sympathie et il fuyait de peur d'un danger mystrieux. Il concevait trs bien qu'un malheur tait arriv, mais il n'avait pas l'esprit assez rflchi pour en dcouvrir les causes : de l son inquitude. 
Anatole France.
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Un chien affectueux (2).
Sa fidlit l'attirait prs de l'ami souffrant, sa prudence l'arrtait au bord de l'endroit funeste. Enfin, encourag par le calme et le silence qui s'taient rtablis, de ses deux pattes de devant qui tremblaient, il embrassa M. Bergeret au cou, et le regarda avec des yeux de crainte et d'amour. Et le matre croul sourit, et le chien lui lcha le bout du nez. Ce fut un grand rconfort pour M. Bergeret, qui dgagea sa jambe droite, se mit debout et regagna son fauteuil en boitant et en souriant. 
Anatole France.
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Le clown (1).
Enfin glissa lentement, entre les rideaux, la face sillonne de rides, tout carquille tantt par la gaiet tantt par la dtresse, et seme de pains  cacheter ! - d'un long pierrot en trois pices mal articules, recroquevill sur son ventre comme par une colique, marchant sur la pointe des pieds comme par excs de prudence et de crainte, les mains emptres dans des manches trop longues qui balayaient la piste. 
Alain Fournier.
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Le clown (2).
Je ne saurais plus reconstituer aujourd'hui le sujet de sa pantomime. Je me rappelle seulement que, ds son arrive dans le cirque, aprs s'tre vainement et dsesprment retenu sur ses pieds, il tomba. Il eut beau se relever ; c'tait plus fort que lui : il tombait. Il ne cessait pas de tomber. Il s'embarrassait dans quatre chaises  la fois. Il entranait dans sa chute une table norme qu'on avait apporte sur la piste. Il finit par aller s'taler par-del la barrire du cirque jusque sur les pieds des spectateurs.
Alain Fournier.
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Le clown (3).
Deux aides, racolls dans le public  grand-peine, le tiraient par les pieds et le remettaient debout aprs d'inconcevables efforts. Et chaque fois qu'il tombait, il poussait un petit cri, vari chaque fois, un petit cri insupportable, o la dtresse et la satisfaction se mlaient  doses gales. Au dnouement, grimp sur un chafaudage de chaises, il fit une chute immense et trs lente, et son ululement de triomphe strident et misrable durait aussi longtemps que sa chute, accompagn par les cris d'effroi des femmes. 
Alain Fournier.
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La gazelle (1).
Un bruit semblable  un roulement de ds attira mon attention vers les marches de bois cru par o l'on accdait  la vranda. Lentement, dlibrment, une gazelle gravissait le perron. Elle tait si menue que ses oreilles ne m'arrivaient pas aux genoux, que ses cornes taient pareilles  des aiguilles de pin et que ses sabots avaient la dimension d'un ongle. Cette merveilleuse crature sortie du brouillard ne s'arrta que devant mes chevilles et leva son museau vers moi.
Joseph Kessel.

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La gazelle (2).
Je me baissai avec toute la prcaution possible et tendis la main vers la tte la plus finement cisele, la plus exquise de la terre. La petite gazelle ne remuait pas. Je touchai ses naseaux, les caressai. Elle me laissait faire, ses yeux fixs sur les miens... Comme pour s'excuser de ne pouvoir parler, la gazelle me lcha les doigts. Puis elle dgagea son museau, tout doucement. Ses sabots firent de nouveau, sur les planches du perron, le bruit des ds qui roulent. Elle disparut.
Joseph Kessel.
CM063.txt
Gel.
Premier vendredi de dcembre. Premier gel. L'air a une puret coupante, la nuit est nette. Le ciel dur et brillant comme une cassure d'anthracite. Nulle empreinte. La boue du chemin a pris la consistance du marbre, I'herbe fait brosse sur le bord du soulier. Ni grenouilles, ni chouettes : les unes ont plong bas sous la pellicule de glace qui ternit toutes les mares, les autres se recroquevillent, transies, dans leurs plumes au creux des souches ou dans les greniers perdus. Le silence est d'une qualit rare, il refuse le bruit, et nos pas n'y peuvent rien : ils se brisent contre lui, ils ne l'entament pas, ils ne parviennent qu' I'accentuer,  fournir une preuve de sa force et de sa profondeur.
Herv Bazin.
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Giton (1).
Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, I'il assur, les paules larges, l'estomac haut, la dmarche ferme et dlibre. Il parle avec confiance ; il fait rpter celui qui l'entretient, et il ne gote que mdiocrement tout ce qu'il lui dit. Il dploie un ample mouchoir, et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin, et il ternue fort haut. Il dort le jour, il dort la nuit et profondment; il ronfle en compagnie. 
La Bruyre.
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Giton (2).
Il occupe  la table et  la promenade plus de place qu'un autre ; il tient le milieu en se promenant avec ses gaux ; il s'arrte, et l'on s'arrte ; il continue de marcher, et l'on marche ; tous se rglent sur lui. Il interrompt, il redresse ceux qui ont la parole ; on ne l'interrompt pas, on l'coute aussi longtemps qu'il veut parler ; on est de son avis, on croit les nouvelles qu'il dbite. S'il s'assied, vous le voyez s'enfoncer dans un fauteuil, croiser les jambes l'une sur l'autre, froncer le sourcil, abaisser son chapeau sur ses yeux pour ne voir personne, ou le relever ensuite, et dcouvrir son front par fiert et par audace. Il est enjou, grand rieur, impatient, prsomptueux, colre, libertin, politique, mystrieux sur les affaires du temps ; il se croit des talents et de l'esprit. Il est riche.
La Bruyre.
CM066.txt
Grand-pre et Jean-Christophe (1).
Grand-pre le prenait souvent avec lui, dans ses promenades du soir. Le petit trottinait  ses cts, en lui donnant la main. Ils allaient par les chemins, au travers des champs labours, qui sentaient bon et fort. Les grillons crpitaient. Des corneilles normes, poses de profil en travers de la route, les regardaient venir de loin et s'envolaient lourdement  leur approche.
Romain Rolland.
CM067.txt
Grand-pre et Jean-Christophe (2).
Grand-pre toussotait. Christophe savait bien ce que cela voulait dire. Le vieux brlait d'envie de raconter une histoire ; mais il voulait que l'enfant la lui demandt. Christophe n'y manquait pas. ils s'entendaient ensemble. Le vieux avait une immense affection pour son petit-fils ; et ce lui tait une joie de trouver en lui un public complaisant. Il aimait  conter des pisodes de sa vie, ou l'histoire des grands hommes antiques et modernes. Sa voix devenait alors emphatique et mue ; elle tremblait d'un plaisir enfantin, qu'il tchait de refouler. On sentait qu'il s'coutait avec ravissement.
Romain Rolland.
CM068.txt
La guerre (1).
La guerre est la plus forte  faire la souffrance. Ah ! maudite soit-elle ! Et maudits ceux qui l'ont apporte sur la terre de France. Nous aurons beau faire, nous aurons beau faire, ils iront toujours plus vite que nous, ils en feront toujours plus que nous, davantage que nous. Il ne faut qu'un briquet pour brler une ferme. Il faut, il a fallu des annes pour la btir. a n'est pas difficile, a n'est pas malin. Il faut des mois et des mois, il a fallu du travail et du travail pour pousser une moisson. Et il ne faut qu'un briquet pour flamber une moisson. 
Charles Pguy.
CM069.txt
La guerre (2).
Il faut des annes et des annes pour faire pousser un homme, il a fallu du pain et du pain pour le nourrir, et du travail et du travail et des travaux et des travaux de toutes sortes. Et il suffit d'un coup pour tuer un homme. Un coup de sabre, et a y est. Pour faire un bon chrtien, il faut que la charrue ait travaill vingt ans. Pour dfaire un chrtien il faut que le sabre travaille une minute. C'est toujours comme a. C'est dans le genre de la charrue de travailler vingt ans. C'est dans le genre du sabre de travailler une minute ; et d'en faire plus ; d'tre le plus fort. 
Charles Pguy.

CM070.txt
Papa et maman ont leur anniversaire de mariage. Ce soir, ils vont au restaurant. Ils ont demand  Isabelle la fille de la voisine, de venir passer la soire auprs de Nicolas et de Valrie. Isabelle regarde la tlvision. Il est neuf heures et il est temps d'aller dormir. Valrie monte dans sa chambre sans rouspter. Mais Nicolas ne veut pas aller se coucher. Il se sauve dans la cuisine. Isabelle court aprs lui. Nicolas tourne autour de la table, passe sous les chaises. Isabelle ne parvient pas  l' attraper. Alors, elle se rassied dans le fauteuil. 
" - Je veux bien aller me coucher maintenant mais avant, je veux te raconter une histoire. 
Nicolas ouvre un livre et dit  Isabelle ce qu'il voit sur les images. 
- Isabelle ! Isabelle ? " Isabelle est dj endormie !
CM071.txt
Les lapins.
Ce sont les lapins qui ont t tonns !... Depuis si longtemps qu'ils voyaient la porte du moulin ferme, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers tait teinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier gnral, un centre d'oprations stratgiques : le moulin de Jemmapes des lapins... La nuit de mon arrive, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes  un rayon de lune... 
Le temps d'entrouvrir une lucarne, frrt ! Voil le bivouac en droute, et tous ces petits derrires blancs qui dtalent, la queue en l'air, dans le fourr. J'espre bien qu'ils reviendront. 
Alphonse Daudet.
CM072.txt
La vieille maison (1).
Au beau milieu de la rue se trouvait une antique maison, elle avait plus de trois cents ans : c'est l ce qu'on pouvait lire sur la grande poutre, o au milieu de tulipes et de guirlandes de houblon tait grave l'anne de la construction. Et on y lisait encore des versets tirs de la Bible et des bons auteurs profanes ; au-dessus de chaque fentre taient sculptes des figures qui faisaient toute espce de grimaces. Chacun des tages avanait sur celui d'en dessous ; le long du toit courait une gouttire, orne de gros dragons, dont la gueule devait cracher l'eau des pluies ; mais elle sortait aujourd'hui par le ventre de la bte ; par suite des ans, il s'tait fait des trous dans la gouttire. 
Andersen.
CM073.txt
La vieille maison (2).
Toutes les autres maisons de la rue taient neuves et belles  la mode rgnante ; les carreaux de vitre taient grands et toujours bien propres ; les murailles taient lisses comme du marbre poli. Ces maisons se tenaient bien droites sur leurs fondations, et l'on voyait bien  leur air qu'elles n'entendaient rien avoir de commun avec cette construction des sicles barbares. 
- N'est-il pas temps, se disaient-elles, qu'on dmolisse cette btisse suranne, dont l'aspect doit scandaliser tous les amateurs du beau ? 
Andersen.
CM074.txt
La vieille maison (3).
Voyez donc toutes ces moulures qui s'avancent et qui empchent que de nos fentres on distingue ce qui se passe dans la baraque. Et l'escalier donc qui est aussi large que si c'tait un chteau ! Que d'espace perdu ! Et cette rampe en fer forg, est-elle assez prtentieuse ! Comme ceux qui s'y appuient doivent avoir froid aux mains ! Comme tout cela est sottement imagin ! 
Andersen.
CM075.txt
La vieille maison (4).
Dans une des maisons neuves, bien propres, d'un got bien prosaque, celle qui tait juste en face, se tenait souvent  la fentre un petit garon aux joues fraches et roses ; ses yeux vifs brillaient d'intelligence. Lui, il aimait  contempler la vieille maison ; elle lui plaisait beaucoup, qu'elle ft claire par le soleil ou par la lune. Il pouvait rester des heures  la considrer, et alors il se reprsentait les temps o, comme il l'avait vu sur une vieille gravure, toutes les maisons de la rue taient construites dans ce mme style, avec des fentres en ogive, des toits pointus, un grand escalier menant  la porte d'entre, des dragons et autres terribles gargouilles tout autour des gouttires; et, au milieu de la rue, passaient des archers, des soldats en cuirasse, arms de hallebardes.
Andersen.
CM076.txt
La vieille maison (5).
C'tait vraiment une maison qu'on pouvait contempler pendant des heures. Il y demeurait un vieillard qui portait des culottes de peau et un habit  grands boutons de mtal, tout  fait  l'ancienne mode; il avait aussi une perruque, mais une perruque qui paraissait bien tre une perruque, et qui ne servait pas  simuler habilement de vrais cheveux. Tous les matins, un vieux domestique venait, nettoyait, faisait le mnage et les commissions, puis s'en allait. Le vieillard  culottes de peau habitait tout seul la vieille maison. Parfois il s'approchait de la fentre; un jour, le petit garon lui fit un gentil signe de tte en forme de salut ; le vieillard fit de mme ; le lendemain ils se dirent de nouveau bonjour, et bientt ils furent une paire d'amis, sans avoir jamais chang une parole.
Andersen.




CM077.txt
La vieille maison (6).
Le petit garon entendit ses parents se dire : 
" Le vieillard d 'en face a de bien grandes richesses ; mais c'est affreux comme il vit isol de tout le monde. " Le dimanche d'aprs, l'enfant enveloppa quelque chose dans un papier, sortit dans la rue et accostant le vieux domestique qui faisait les commissions, il lui dit : 
" Ecoute ! Veux-tu me faire un plaisir et donner cela de ma part  ton matre ? J'ai deux soldats de plomb ; en voil un ; je le lui envoie pour qu'il ait un peu de socit ; je sais qu'il vit tellement isol de tout le monde, que c'est lamentable. " Le vieux domestique sourit, prit le papier et porta le soldat de plomb  son matre.
Andersen.
CM078.txt
La vieille maison (7).
Un peu aprs, il vint trouver les parents, demandant si le petit garon ne voulait pas venir rendre visite au vieux monsieur. Les parents donnrent leur permission, et le petit partit pour la vieille maison. Les trompettes sculpts sur la porte, ma foi, avaient les joues plus bouffies que d'ordinaire, et si on avait bien prt l'oreille, on les aurait entendus, qui soufflaient dans leurs instruments : " Schnetterendeng ! Ta-ra-ra-ta : le voil, le voil, le petit schnetterendeng ! " La grande porte s'ouvrit. 
Andersen.
CM079.txt
La vieille maison (8).
Le vestibule tait tout garni de vieux portraits de chevaliers revtus de cuirasses, de chtelaines en robes de damas et de brocart ; l'enfant crut entendre les cuirasses rsonner et les robes rendre un lger froufrou. Il arriva  un grand escalier, avec une belle rampe en fer tout ouvrage, et orne de grosses boules de cuivre, o on pouvait se mirer ; elles brillaient comme si on venait de les nettoyer pour fter la visite du petit garon, la premire depuis tant d'annes. 
Andersen.
CM080.txt
La vieille maison (9).
Aprs avoir mont bien des marches, l'enfant aperut, donnant sur une vaste cour, un grand balcon ; mais les planches avaient des fentes et des trous en quantit ; elles taient couvertes de mousse, d'herbe, de sedum, et toute la cour et les murailles taient de mme vertes de plantes sauvages qui poussaient l sans que personne s'en occupt. Sur le balcon se trouvaient de grands pots de fleurs, en vieille et prcieuse faence ; ils avaient la forme de ttes fantastiques,  oreilles d'ne en guise d'anses ; il y poussait des plantes rares ; c'taient des touffes de feuilles, sans presque aucune fleur. 
Andersen.
CM081.txt
La vieille maison (10).
Il y avait l un pot d'illet tout en verdure, et il chantait  voix basse : " Le vent m'a caress, le soleil m'a donn une petite fleur, une petite fleur pour dimanche. "
Ensuite, le petit garon passa par une grande salle ; les murs taient recouverts de cuir gaufr,  fleurs et arabesques toutes dores, mais ternies par le temps. 
" La dorure passe, le cuir reste. ", marmottaient les murailles.
Puis l'enfant fut conduit dans la chambre o se tenait le vieux monsieur, qui l'accueillit avec un doux sourire, et lui dit : 
" Merci pour le soldat de plomb, mon petit ami ; et merci encore de ce que tu es venu me voir. "
Andersen.
CM082.txt
La vieille maison (11).
Et les hauts fauteuils en chne, les grandes armoires et les autres meubles en bois des les craquaient, et disaient : " knick, knack ! ", ce qui pouvait bien vouloir dire : " Bien le bonjour ! " Le soir, le petit garon rentra chez lui. Des semaines s'coulrent, et l'hiver arriva. Les fentres taient geles, et l'enfant tait oblig de souffler longtemps sur les carreaux, pour y faire un rond par lequel il pt apercevoir la vieille maison. Les sculptures de la porte, les tulipes, les trompettes, on les voyait  peine, tant la neige les recouvrait. La vieille maison paraissait encore plus tranquille et silencieuse que d'ordinaire ; et, en effet, il n'y demeurait absolument plus personne : le vieux monsieur tait mort, il s'tait doucement teint. 
Andersen.
CM083.txt
La vieille maison (12).
Le soir, comme c'tait l'usage dans le pays, une voiture tendue de noir s'arrta devant la porte ; on y plaa un cercueil, qu'on devait porter bien loin, pour le mettre dans un caveau de famille. La voiture se mit en marche ; personne ne suivait que le vieux domestique ; tous les amis du vieux monsieur taient morts avant lui. 
Le petit garon pleurait, et il envoyait de la main des baisers d'adieu au cercueil. 
Andersen.





CM084.txt
La vieille maison (13).
Quelques jours aprs, la vieille maison fut pleine de monde, on y faisait la vente de tout ce qui s'y trouvait. Et, de la fentre, le petit garon vit partir, dans tous les sens, les chevaliers, les chtelaines, les pots de fleurs en faence, les fauteuils qui poussaient des knik-knak plus forts que jamais. Le portrait de la belle dame retourna chez le marchand de bric--brac ; si vous voulez le voir, vous le trouverez encore chez lui ; personne ne l'a achet, personne n'y a fait attention. 
Andersen.
CM085.txt
La vieille maison (14).
Au printemps, on dmolit la vieille maison. " Ce n'est pas dommage qu'on fasse disparatre cette antique baraque. ", dirent les imbciles, et ils taient nombreux comme partout. Et, pendant que les maons donnaient des coups de pioche, qui fendaient le cur du petit garon, on voyait, de la rue, pendre des lambeaux de la tapisserie en cuir dor, et les tulipes volaient en clats, et les trompettes tombaient par terre, lanant un dernier schnetterendeng. 
Andersen.
CM086.txt
La vieille maison (15).
Enfin, on enleva tous les dcombres et on construisit une grande belle maison  larges fentres et  murailles bien lisses, proprement peintes en blanc. Par devant, on laissa un espace pour un gentil petit jardin qui, sur la rue, tait entour d'une jolie grille neuve : 
" Que tout cela a bonne faon ! ", disaient les voisins. Dans le jardin, il y avait des alles bien droites, et des massifs bien ronds ; les plantes taient alignes au cordeau, et ne poussaient pas  tort et  travers.
Andersen.
CM087.txt
Un singulier mdecin (1).
Je suis mdecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres matires  ma capacit, pour trouver des malades dignes de m'occuper, capables d'exercer les grands et beaux secrets que j'ai trouvs dans la mdecine. Je ddaigne de m'amuser  ce menu fatras de maladies ordinaires,  ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions,  ces fivrotes,  ces vapeurs et  ces migraines. 
Molire.
CM088.txt
Un singulier mdecin (2).
Je veux des maladies d'importance, de bonnes fivres continues, avec des transports au cerveau, de bonnes fivres pourpres, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formes, de bonnes pleursies, avec des inflammations de poitrine : c'est l que je me plais, c'est l que je triomphe ; et je voudrais, monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonn de tous les mdecins, dsespr,  l'agonie, pour vous montrer l'excellence de mes remdes, et l'envie que j'aurais de vous rendre service. 
Molire.
CM089.txt
La panthre (1).
C'tait une femelle. La fourrure du ventre et des cuisses tincelait de blancheur. Plusieurs petites taches, semblables  du velours, formaient de jolis bracelets autour des pattes. La queue musculeuse tait galement blanche, mais termine par des anneaux noirs. Le dessus de la robe, jaune comme de l'or mat, mais bien lisse et doux, portait ces mouchetures caractristiques, nuances en forme de roses, qui servent  distinguer les panthres des autres espces de flins.
Honor De Balzac.
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La panthre (2).
Cette tranquille et redoutable htesse ronflait dans une pose aussi gracieuse que celle d'une chatte couche sur le coussin d'une ottomane. 
Ses sanglantes pattes, nerveuses et bien armes, taient en avant de sa tte qui reposait dessus, et de laquelle partaient ces barbes rares et droites, semblables  des fils d'argent.
Honor De Balzac.
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Le paon (1).
Il va srement se marier aujourd'hui. Ce devait tre pour hier. En habit de gala, il tait prt. Il n'attendait que sa fiance. Elle n'est pas venue. Elle ne peut tarder. Glorieux, il se promne avec une allure de prince indien et porte sur lui les riches prsents d'usage. L'amour avive l'clat de ses couleurs et son aigrette tremble comme une lyre. La fiance n'arrive pas. Il monte au haut du toit et regarde du ct du soleil. Il jette son cri diabolique : Lon ! Lon ! C'est ainsi qu'il appelle sa fiance. 
Jules Renard.
CM092.txt
Le paon (2).
Il ne voit rien venir et personne ne rpond. Les volailles habitues ne lvent mme point la tte. Elles sont lasses de l'admirer. Il redescend dans la cour, si sr d'tre beau qu'il est incapable de rancune. Son mariage sera pour demain.
Et, ne sachant que faire du reste de la journe, il se dirige vers le perron. Il gravit les marches, comme des marches de temple, d'un pas officiel. Il relve sa robe  queue toute lourde des yeux qui n'ont pu se dtacher d'elle. Il rpte encore une fois la crmonie.
Jules Renard.
CM093.txt
Pati-Pati, la chienne.
Elle meurt de faim ponctuellement  l'heure des repas. Elle dlire d'enthousiasme  l'heure de la promenade. Elle ne se trompe pas de chaise  table, chrit le poisson, prise la viande, se contente d'une crote de pain, gobe en connaisseuse la fraise et la mandarine. Si je la laisse  la maison, le mot " Non ! " lui suffit ; elle s'assoit sur le palier d'un air sage et cache un pleur. En mtro, elle fond sous ma cape, en chemin de fer elle fait son lit elle-mme, brassant une couverture et la moulant en gros plis. Ds la tombe du jour, elle surveille la grille du jardin et aboie contre tout suspect. 
Colette.
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Pelote basque (1).
La balle, lance  tours de bras, se met  voler, frappe le mur  grands coups secs, puis rebondit et traverse l'air avec la vitesse d'un boulet. Ce mur du fond, arrondi comme un feston de dme sur le ciel, est peu  peu couronn de ttes d'enfants - petits basques, petits brets, joueurs de paume de l'avenir, qui tout  l'heure vont se prcipiter, comme un vol d'oiseaux, pour ramasser la balle, chaque fois que, trop haut lance, elle dpassera la place et filera l-bas dans les champs... Ramuntcho joue comme, de sa vie, il n'avait encore jou ; il est  l'un de ces instants o l'on croit se sentir retremp de force, lger, ne pesant plus rien, et o c'est une pure joie de se mouvoir, de dtendre ses bras, de bondir.
Pierre Loti.
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Pelote basque (2).
D'instant en instant, clac ! toujours le coup de fouet des pelotes, leur bruit sec contre le gant qui les lance ou contre le mur qui les reoit, leur mme bruit donnant la notion de toute la force dploye... Clac ! Elle fouettera jusqu' l'heure du crpuscule, la pelote, anime furieusement par des bras puissants et jeunes. Parfois, les joueurs, d'un heurt terrible, I'arrtent au vol, d'un heurt  briser d'autres muscles que les leurs. Le plus souvent, srs d'eux-mmes, ils la laissent tranquillement toucher terre, presque mourir : on dirait qu'ils ne l'attraperont jamais : et clac ! Elle repart cependant, prise juste  point, grce  une merveilleuse prcision de coup oeil, et s'en va refrapper le mur, toujours avec sa vitesse de boulet. 
Pierre Loti.
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Le piano (1).
Il ouvre le piano, il approche une chaise, il se juche dessus : ses paules arrivent  hauteur du clavier : c'est assez pour ce qu'il veut. Pourquoi attend-il d'tre seul ? Personne ne l'empcherait de jouer, pourvu qu'il ne ft pas trop de bruit. Mais il a honte devant les autres, il n'ose pas. Et puis, on cause, on se remue : cela gte le plaisir. C'est tellement plus beau, quand on est seul !... Christophe retient son souffle, pour que ce soit plus silencieux encore, et aussi parce qu'il est un peu mu, comme s'il fallait tirer un coup de canon.
Romain Rolland.
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Le piano (2).
Le cur lui bat, en appuyant le doigt sur la touche ; quelquefois, il le relve, aprs l'avoir enfonc  moiti, pour le poser sur une autre. Sait-on ce qui va sortir de celle-ci, plutt que de celle-l ?... Tout  coup, le son monte : il y en a de profonds, il y en a d'aigus, il y en a qui tintent, il y en a d'autres qui grondent. L'enfant les coute longuement, un  un, diminuer et s'teindre ; ils se balancent comme les cloches, lorsqu'on est dans les champs, et que le vent les apporte et les loigne tour  tour.
Romain Rolland.
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Le piano (3).
Puis, quand on prte l'oreille, on entend dans le lointain d'autres voix diffrentes qui se mlent et tournent, ainsi que des vols d'insectes ; elles ont l'air de vous appeler, de vous attirer loin... loin... de plus en plus loin, dans les retraites mystrieuses, o elles plongent et s'enfoncent... Les voil disparues !... Non ! elles murmurent encore... Un petit battement d'ailes... Que tout cela est trange ! ce sont comme des esprits. Qu'ils obissent ainsi, qu'ils soient tenus captifs dans cette vieille caisse, voil qui ne s'explique point ! 
Romain Rolland.
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Le vieux saltimbanque (1).
Au bout,  l'extrme bout de la range de baraques, comme si, honteux, il s'tait exil lui-mme de toutes ces splendeurs, je vis un pauvre saltimbanque, vot, caduc, dcrpit, une ruine d'homme, adoss contre un des poteaux de sa cahute ; une cahute plus misrable que celle du sauvage le plus abruti ; et dont deux bouts de chandelles, coulants et fumants, clairaient trop bien encore la dtresse. Partout la joie, le gain, la dbauche ; partout la certitude du pain pour les lendemains ; partout l'explosion frntique de la vitalit. 
Charles Baudelaire.
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Le vieux saltimbanque (2).
Ici, la misre absolue, la misre affuble, pour comble d'horreur, de haillons comiques, o la ncessit, bien plus que l'art, avait introduit le contraste. Il ne riait pas, le misrable ! Il ne pleurait pas, il ne dansait pas, il ne gesticulait pas, il ne criait pas ; il ne chantait aucune chanson, ni gaie ni lamentable, il n'implorait pas. Il tait muet et immobile. Il avait renonc, il avait abdiqu. Sa destine tait faite. 
Charles Baudelaire.
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Savoir observer (1).
Nulle part on n'est mieux qu'en wagon ; je parle des trains rapides. On y est fort bien assis, mieux que dans n'importe quel fauteuil. Par de larges baies on voit passer les fleuves, les valles, les collines, les bourgades et les villes ; l'oeil suit les routes  flanc de coteau, des voitures sur ces routes, des trains de bateaux sur les fleuves ; toutes les richesses du pays s'talent, tantt des bls et des seigles, tantt des champs de betteraves et une raffinerie, puis de belles futaies, puis des herbages, des boeufs, des chevaux. 
Alain.
CM102.txt
Savoir observer (2).
Les tranches font voir les couches du terrain. Voil un merveilleux album de gographie que vous feuilletez sans peine, et qui change tous les jours, selon les saisons et selon le temps. On voit l'orage s'amasser derrire les collines et les voitures de foin se hter le long des routes ; un autre jour les moissonneurs travaillent dans une poussire dore et l'air vibre au soleil. Quel spectacle gale celui-l ? Mais le voyageur lit son journal, essaie de s'intresser  de mauvaises gravures, tire sa montre, bille, ouvre sa valise, la referme. 
Alain.
CM103.txt
Savoir observer (3).
A peine arriv, il hle un fiacre, et court comme si le feu tait  sa maison. Dans la soire, vous le retrouverez au thtre ; il admirera des arbres en carton peint, des fausses moissons, un faux clocher, de faux moissonneurs lui brailleront aux oreilles ; et il dira, tout en frottant ses genoux meurtris par l'espce de bote o il est emprisonn : 
" Les moissonneurs chantent faux ; mais le dcor n'est pas laid. "
Alain.
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Un skieur hardi (1).
En bas l'homme filait plus vite qu'un cheval. Il se poussait avec deux btons. Le nv tait toute en longues vagues avec des creux, des montes, des descentes. L'homme s'en allait l-dessus comme un oiseau. Il tait vtu de faon lgre et dgage. Il ouvrait ses grandes jambes. Il les refermait. Il balanait ses btons. Il penchait son torse  gauche, puis  droite,  gauche,  droite, en se balanant pendant qu'il glissait  toute vitesse sur ses plaques, au fort des pentes, au revers des talus, sur les crtes, puis il plongeait comme s'il s'enfonait dans la neige.
Jean Giono.
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Un skieur hardi (2).
Il disparaissait puis il surgissait plus loin, les bras relevs, lanc tout droit  pleine poitrine ; il se penchait en avant, il s'accroupissait, il sautait, il reprenait sa glissade ; il volait  ras de terre comme une hirondelle aplatie par l'orage. Il fit front vers une barrire de saules. Il s'lana contre elle et, la tte en avant, les bras replis, il la traversa dans un jaillissement de poussire de neige que le soleil, maintenant haut, alluma comme un clair. 
Jean Giono.
CM106.txt
Tartarin (1).
Au milieu du cabinet, il y avait un guridon. Sur le guridon, un flacon de rhum, une blague turque, " Les voyages du Capitaine Cook ", les romans de Cooper, de Gustave Aimard, des rcits de chasse, chasse  l'ours, chasse au faucon, chasse  l'lphant. Enfin, devant le guridon, un homme tait assis, de quarante  quarante-cinq ans, petit, gros, trapu, rougeaud, en bras de chemise, avec des caleons de flanelle, un forte barbe courte et des yeux flamboyants.
Alphonse Daudet.
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Tartarin (2).
D'une main il tenait un livre, de l'autre il brandissait une norme pipe  couvercle de fer, et, tout en lisant je ne sais quel formidable rcit de chasseurs de chevelures, il faisait, en avanant sa lvre infrieure, une moue terrible, qui donnait  sa brave figure de petit rentier tarasconnais ce mme caractre de frocit bonasse qui rgnait dans toute la maison. Cet homme, c'tait Tartarin, Tartarin de Tarascon, I'intrpide, le grand, I'incomparable Tartarin de Tarascon. 
Alphonse Daudet.
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Le soleil et le vent (1).
Un jour, le soleil et le vent se disputrent. 
- Je suis plus fort que toi, dclara le vent. 
- Non, rpondit l'autre, c'est moi qui suis le plus fort. 
Un voyageur vint  passer, vtu d'un gros manteau car il faisait froid.
- Tu vois cet homme, dit le vent ; celui qui parviendra  lui ter son manteau aura gagn. 
- Bien, rpliqua le soleil. 
Le vent se mit  souffler,  souffler ; l'homme serra son manteau contre lui.
- Quelle tempte! s'cria-t-il.



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Le soleil et le vent (2).
Puis le soleil se mit  briller.
- Comme le temps a chang ! fit le voyageur en tant son manteau.
- Gagn, dit le soleil.
- Attends, rpondit le vent.
Et il se mit  souffler, souffler.
- Le temps est compltement dtraqu ! et l'homme remit son vtement.
- Tu as vu ! s'cria le vent, tu as oblig le voyageur  enlever son manteau et moi  le lui faire remettre. Nous sommes aussi forts l'un que l'autre.
Et jamais plus ils ne se disputrent.
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Le balai (1).
Il y avait une fois un pauvre paysan qui confectionnait des balais et se rendait aux foires des environs pour les vendre. Tout le temps, il sifflait comme un merle... Son chemin le conduisait souvent devant le chteau d'un riche seigneur qui l'coutait en songeant :
- Mon Dieu ! ce pauvre paysan, qui ne vend que des balais, est tout joyeux, et moi, qui ai tout, je ne le suis pas...
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Le balai (2).
Un jour, il l'invita  entrer chez lui et lui demanda : 
- Dis-moi, Colas, comment fais-tu pour tre toujours aussi joyeux ?
- Chaque fois que je vais  la foire, je me rjouis  l'ide de gagner un peu d'argent en vendant mes balais...
- Eh bien, je vais te faire un cadeau pour rcompenser ta bonne humeur. Prends ce pot... Attention ! il est plein d'or... 
Il tait plein, mais pas tout  fait jusqu'en haut et Colas, les jours suivants, fronait les sourcils et se creusait la cervelle pour savoir comment remplir son pot jusqu'au bord...
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Le livre, mauvais payeur.
Une fois, un livre vint chez le Chien Cordonnier pour se faire faire une paire de souliers.
- Faites moi, lui dit-il, une paire de bottines ; j'ai terriblement froid aux pattes. 
Le chien se mit  l'ouvrage et confectionna une paire de bons et solides souliers que le livre enfila pour voir s'ils taient  sa mesure... Ds qu'il sentit qu'ils lui allaient  merveille, hop ! il se sauva sans payer le cordonnier. Le chien, furieux, se lana  sa poursuite, mais en vain... Depuis ce temps, tous les chiens dans le monde cherchent le livre qui a emport les souliers, mais je crains bien qu'ils ne le rattrapent jamais !
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16 septembre 1936, Le naufrage du " Pourquoi pas ? " (1).
En 1936, le commandant Charcot, g de prs de soixante-dix ans, entreprend une nouvelle campagne dans le Grand Nord,  bord du " Pourquoi pas ? ". Vers la fin de l'aprs-midi du 15 septembre 1936, le temps change brusquement. Le commandant Charcot dcide alors de faire demi-tour pour chercher un abri, mais la tempte redouble. D'normes vagues s'abattent sur le pont, balayant tout sur leur passage. Le bateau roule et tangue au milieu des lames. Le vent du Nord forcit et les mts gmissent.
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16 septembre 1936, Le naufrage du " Pourquoi pas ? " (2).
La nuit tombe. Le 16 septembre, vers 5 heures, le " Pourquoi pas ? " heurte un rocher et sa coque s'ouvre dans un grand craquement. " Mes pauvres enfants ! " s'crie Charcot qui voit que tout est perdu. Un peu plus tard, le navire s'enfonce dans la mer. Il n'y aura qu'un seul survivant, un marin qui russira  gagner la terre  la nage... Avant de disparatre dans les flots avec ses compagnons, Charcot ouvre la cage d'une mouette blesse qu'il a recueillie trois semaines plus tt et lui rend la libert : elle chappera au naufrage.
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Le chat et les souris (1).
Un certain chat tait si habile  attraper les souris que celles-ci se trouvaient en danger continuel. A la fin, une nuit, la plus ge runit un conseil. Une  une, les souris racontrent leurs ennuis et proposrent un plan qui leur permettrait de vivre en paix. Mais aucun ne donnait satisfaction.
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Le chat et les souris (2).
Alors, un souriceau se leva et dclara :
- Mon plan est trs simple : si le chat portait un grelot autour du cou, nous serions tenus au courant de chacun de ses mouvements, ce qui nous laisserait le temps de nous enfuir.
Et il s'assit, trs content de lui, au milieu des applaudissements. Alors, une vieille souris se leva  son tour, les yeux brillants de malice : - Un plan excellent, dit-elle, mais... qui attachera le grelot au cou du chat ?
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Le grand sac d'or (1).
La poule Gobette arriva tout essouffle au jardin.
- Antoine, dit-elle au jardinier, il y a un monsieur trs important qui vient au village. Il faut que tout le monde lui fasse un cadeau, et il parat qu'il donnera un grand sac d'or  celui qui apportera le cadeau le plus beau.
- Vraiment ? rpondit Antoine distraitement, car il tait trs occup.
Le vieux noisetier tait gravement malade et le jardinier passait ses jours et ses nuits  essayer de le sauver.
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Le grand sac d'or (2).
Gobette s'impatientait. Elle se mit  tourner autour d'Antoine comme une toupie.
- Voyons, Antoine, insista la poule, tu pourrais avoir un immense jardin avec toutes les fleurs, tous les lgumes, et tous les arbres que tu voudrais. Te rends-tu compte ? Un grand sac d'or !
- Laisse-moi tranquille, Gobette. Je me moque du grand sac d'or. Et mon vieux noisetier est encore plus important que le monsieur important.
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Pouvez-vous nous faire un historique de l'orgue ? (1).
L'orgue est un instrument ancien. Les Grecs, dj, avaient fabriqu une espce de sirne d'alarme, alimente par de l'air sous pression. C'est en Angleterre, dans la ville de Nottingham, au VIIIe sicle, que fut construit le premier orgue. Il s'agissait, en fait, d'un instrument muni d'un gros clavier, qu'on frappait comme un carillon et qui ne mritait pas le nom d'orgue, puisque l'orgue est d'abord un instrument  vent. L'orgue ancien comptait de 48  50 touches par clavier. L'orgue moderne en compte de 54  56.
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Pouvez-vous nous faire un historique de l'orgue ? (2).
Au Moyen Age, l'orgue fut d'abord un instrument dont on se servait pour faire danser la cour. On l'appelait alors " positif ". Cet instrument fut ensuite surtout utilis dans les glises et les temples o il servait d'accompagnement aux chants religieux. Les tuyaux de l'orgue sont toujours  base de plomb ou d'tain ou des deux  la fois. Leur nombre varie de 150  15 000, sur les plus gros instruments. Ces tuyaux sont travaills en atelier et coups au millimtre prs.
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La barbe du roi Matiaz.
Un jour, il y a plus de mille ans, un bcheron de ce pays cherchait, en fort, une belle tige d'glantier pour refaire un manche  sa cogne. Il aperut, tout  coup, une fente dans un rocher et, curieux, s'y glissa pniblement. Tout en bas, il dcouvrit une vaste salle ronde et, au milieu, un bien trange spectacle ! Accoud sur une table de pierre, la tte coiffe d'une couronne, dormait un homme tenant un spectre d'or... Sa longue barbe blanche entourait, souvenez-vous-en bien, une fois et demie le pied de la table. Alors...
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Les loups en Limousin (1).
Nous avons interrog mon voisin qui nous a dit se souvenir que son grand-pre chassait les loups avec les hommes du hameau o il habitait. D'abord, ils les tuaient avec des fourches, des haches, puis aprs avec des fusils qu'il fallait bourrer pour les charger et qui ne fonctionnaient pas toujours trs bien. Mon voisin se rappelle que son grand-pre lui a dit qu'il allait, avec un ami, chercher les louveteaux, arms de fourches et de haches.
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Les loups en Limousin (2).
Quand ils avaient trouv la tanire de la louve, ils prenaient les louveteaux, les mettaient dans une charrette et partaient pour la ferme. Souvent, la louve les suivait jusqu' la maison et la nuit, elle et d'autres loups entouraient la ferme. Les petits louveteaux taient vendus cent francs pice. Le voisin ne sait pas ce que cela peut valoir aujourd'hui. Il nous a aussi expliqu que pour attaquer un troupeau de moutons les loups encerclent le troupeau en hurlant et bondissent sur les btes affoles.
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Le cousin Sbastien (1).
Ah ! Comme il tait drle, le petit cousin Sbastien ! La campagne, vraiment, il n'y connaissait rien de rien, mais ce n'tait pas de sa faute : il vivait  la ville. Sa faon de s'tonner de tout faisait pouffer de rire Marie-Blanche et Coraline.
- Oh! s'criait-il, par exemple. Venez voir, venez voir! 
Les deux petites filles accouraient en se bousculant.
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Le cousin Sbastien (2).
- Que se passe-t-il? demandaient-elles.
- Il y a l un ruban de velours qui se promne. 
Ce Sbastien !
- C'est une chenille, gros bta ! rpondait Marie-Blanche. 
Dans son habit noir et brun, tranquillement, sans se presser, la chenille traversait le chemin.
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Le cousin Sbastien (3).
Sbastien s'extasiait.
- Une chenille ! Une chenille !
Ce qui surprit le plus Sbastien, ce fut le potager. Quel drle d'endroit, en vrit !... Pour lui, les tas de carottes, les montagnes de choux, toutes les salades poussaient chez le marchand de lgumes entre la caisse enregistreuse et les paquets de figues !
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L'le d'Aix au mois d'aot (1).
Une le sans autos ni motos, o le piton est roi,  peine gn par les cyclistes, voil presque un paradis... et, pourtant, il existe. C'est l'le d'Aix. Autrefois, cette le du Ponant s'appelait le d'Aigues. Elle est devenue " Aix " en raison de la prononciation du " s " final. Durant des sicles, elle fut un point de ravitaillement en eau pour les navigateurs.
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L'le d'Aix au mois d'aot (2).
L'anse de la Source existe toujours, face au village des Boucholeurs. Aujourd'hui, c'est surtout une le de repos et de vacances. En t, comme en hiver, la tranquillit rgne. Les gens de l'le veillent  ce que l'on ne dsobisse pas aux deux rglements (prfectoral et municipal) qui interdisent l'accs de l'le  tout vhicule ptaradant. Ils ne veulent pas non plus tre attachs au continent par un pont.
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L'le d'Aix au mois d'aot (3).
Prendre le bac  la pointe de la Fume,  Fouras, cre aussi une ambiance de dpaysement. L'air du large favorise un peu l'vasion. L'aventure est l. Et,  l'vidence, l'attrait de l'le grandit ds l'instant o l'on pose le pied sur le bateau pour vingt minutes de traverse. A l'arrive, on passe dans les fortifications dessines par Vauban avant de parvenir sur une jolie place calme et ombrage.
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La lgende des diamants roses (1).
Il y a des milliers d'annes, les continents n'existaient pas comme aujourd'hui. Ils taient tous rassembls en une seule terre entoure d'eau. L'homme tait inconnu et les animaux vivaient heureux. Quand les terres commencrent  se sparer, le roi des Ours runit ses fils, qui taient sept, et il remit  chacun sept diamants roses. 
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La lgende des diamants roses (2).
Les sept ours remercirent le roi, ils se choisirent une compagne et partirent chacun pour une rgion du monde. Le premier partit en Europe, le second en Afrique, le troisime en Asie, le quatrime en Ocanie, le cinquime en Amrique du Nord, le sixime en Amrique du Sud. Et le septime, qui tait blanc, partit sur la banquise du ple Nord...
CM132.txt
Le cheval (1).
Les premiers hommes connaissaient dj le cheval : ils l'ont dessin dans leurs grottes. Plus tard, l'homme a domestiqu le cheval : l'homme  cheval est plus fort, plus rapide. Ensuite, il chercha  utiliser le cheval pour l'aider dans ses travaux : porter ou tirer des charges ; mais l'attelage mettra longtemps  se perfectionner. Nos grands-parents avaient presque tous un cheval  la ferme ; il servait  traner les charrettes,  tirer les engins agricoles.
CM133.txt
Le cheval (2).
Les chevaux servaient aussi dans les mines ; ils tiraient les pniches ; ils assuraient tous les transports terrestres ; enfin, l'arme en utilisait un grand nombre pour la cavalerie. Suivant le travail auquel on le destine, le cheval doit tre fort ou rapide, grand ou petit. Les hommes ont effectu des croisements de races, depuis des centaines d'annes, pour obtenir les chevaux dont ils avaient besoin.
CM134.txt
Pinocchio (1).
Il y avait une fois, dans un coin du monde (et peut-tre existe-t-il encore), un minuscule village o ne se trouvaient que de petites rues et de toutes petites maisons. Il s'adossait aux montagnes et tait entour de prs tout blancs de neige en hiver, parsems de pquerettes au printemps. Ses ruelles, couleur de brique, sentaient le pain frais, la bonne cuisine, et serpentaient entre de trs vieilles maisons aux persiennes vertes, toujours  moiti closes, dans une atmosphre de silence et de paix.
CM135.txt
Pinocchio (2).
Imaginez maintenant ce charmant village, la nuit au clair de lune. La lune est haute dans le ciel, pleine, ou  son premier quartier, ou encore prte  disparatre derrire les montagnes parmi les nuages vaporeux. Ce paysage, trs beau, sera le digne dcor d'une merveilleuse histoire. Pas besoin d'aller bien loin pour chercher les personnages. Il suffit de jeter un coup d'il  l'intrieur d'une choppe minuscule pour y trouver un vieux menuisier en train de sculpter avec le plus grand soin une marionnette. Qui pourrait-il bien tre, sinon Gepetto ?
CM136.txt
15 septembre 1940, Premire utilisation du radar (1).
Lorsque la seconde guerre clata, les Anglais avaient acquis une avance sur les Allemands dans le reprage des avions par le radar. Le radar est un dispositif permettant de connatre la position d'un objet par l'envoi contre lui d'ondes qui reviennent  leur point de dpart, inscrivant un point lumineux sur un cran. En envoyant des ondes en permanence, on peut suivre le dplacement d'un objet en mouvement.
CM137.txt
15 septembre 1940, Premire utilisation du radar (2).
Au mois d'aot 1940, l'aviation allemande reut l'ordre de bombarder l'Angleterre. Les Anglais ne disposaient alors que de trs peu d'avions pour arrter les bombardiers ennemis. Le 15 septembre, les installations de radar commencrent  fonctionner. Les avions allemands furent vus sur les crans et les chasseurs anglais se portrent au devant d'eux. Ce jour-l, 56 appareils allemands furent abattus. On comprend donc pourquoi, pendant la bataille d'Angleterre, les Allemands perdirent plus d'avions que les Anglais. Depuis, le radar est utilis pour suivre le vol des avions et guider le navigateur.
CM138.txt
Les animaux en hiver (1).
Les refuges les plus apprcis des htes du jardin leur sont fournis par la nature : touffes d'orties, pieds de ronce, quelques plantes. Ainsi, en t, les feuilles d'un pied de rhubarbe offrent des cachettes fraches et confortables. Un tas de bches ou de fagots constitue un refuge incomparable. A dfaut, amoncelez prs d'un mur des pierres, des tuiles, des branches, des corces...
CM139.txt
Les animaux en hiver (2).
Profitez-en pour placer dans ce tas des morceaux de tuyaux de diamtres diffrents et dpassant de plusieurs centimtres. Ils serviront de terriers, hiver comme t, permettant aux animaux errants de s'abriter aussi bien du grand froid que des fortes chaleurs. Pour cacher cet amas peu esthtique, repiquez,  proximit, fougres ou plantes grimpantes (vigne vierge, lierre...). Pour certains animaux, l'hibernation est un moyen de passer les mauvais mois. L'automne venu, ils vivent au ralenti : les grenouilles s'enfoncent dans la vase, le hrisson recherche un pais tapis de feuilles.
CM140.txt
Le renardeau (1).
Il est difficile d'imaginer un tableau plus charmant que celui d'une petite famille de renardeaux jouant aux abords immdiats du terrier. Le renard est sans aucun doute un des animaux sauvages les plus populaires : il n'est pas exagr d'affirmer que chacun connat le fameux " Matre Goupil " ds son enfance. Il n'en va pas de mme du renardeau, que peu de personnes ont eu la chance d'observer. En effet, son enfance se droule entirement auprs du terrier qui est le plus souvent bien dissimul dans les bois ou parmi des escarpements rocheux. La dcouverte d'un terrier habit ne s'accompagne nullement de la vue des renardeaux.
CM141.txt
Le renardeau (2).
Le petit renard voit le jour, s'il est possible de s'exprimer ainsi, au fond du terrier familial. La mre allaite sa porte, parfois assez nombreuse, et les renardeaux se dveloppent lentement. Puis ils ouvrent les yeux, dans l'obscurit et ils commencent  ramper et explorent leur abri. Il leur faut un certain temps pour s'accoutumer  la lumire extrieure ; enfin, prenant de l'assurance, les renardeaux s'aventurent au-dehors et se mettent  jouer  proximit de leur gte. Leurs sorties se prolongent progressivement. Puis ils s'enhardissent.
CM142.txt
Jacques-Yves Cousteau (1).
Contrairement  la plupart des explorateurs obligs de demander de l'argent pour financer leurs expditions, le commandant Cousteau tait compltement indpendant. Ses livres, ses films et ses inventions lui permettaient de disposer de l'argent ncessaire. Prsident du conseil d'administration d'une socit amricaine qui fabrique quarante pour cent du matriel de plonge vendu aux Etats-Unis, il possdait galement d'importants intrts  travers le monde, dans des entreprises de construction navale, de fabrication d'engins de sauvetage et d'installations dans les ports.
CM143.txt
Jacques-Yves Cousteau (2).
Toutes ces activits industrielles et commerciales ne l'empchaient pas d'tre responsable du Muse Ocanographique de Monaco et de diriger une association regroupant vingt quatre pays pour encourager la protection des Ocans et de la vie marine. Ce dernier travail lui tenait particulirement  coeur, car le rsultat de ses travaux lui faisait penser que l'espce humaine tait menace. " A chaque fois, disait-il, que nous polluons ou dtruisons notre environnement, nous avanons le moment de la fin de l'humanit. "
CM144.txt
Poil de Carotte.
Il cherche un endroit o il puisse apprendre  nager. Enfin, il se dcide. Il s'assied par terre et tte l'eau d'un orteil que ses chaussures trop troites ont cras. En mme temps, il se frotte l'estomac qui, peut-tre, n'a pas fini de digrer. Enfin, il se laisse glisser le long des racines.
Jules Renard.
CM145.txt
Ciel arctique.
Le ciel avait une paisseur bleue infinie comme on n'en voit nulle part ailleurs. Une sorte de bleu plus pur, plus prs des toiles. Pourtant il ressemblait un peu aux ciels de mon enfance dans les Pyrnes. Quand un orage avait pass, entre les nuages dchirs, apparaissaient des jardins bleus. On appelait cela des culottes de gendarme.
CM146.txt
Voici la saison de la chasse.
La fin de la journe approche. Maurin frappe la haie de son fusil. Des lapins dtalent ventre  terre. Surpris, le chasseur vise, lche son coup de fusil, mais manque...
La nuit descend  sur la plaine, la pluie commence  tomber. Notre homme, bredouille et dcourag, regagne sa maison.
CM147.txt
La bicyclette.
La bicyclette a suivi des volutions  travers les ges. Le vlocipde est devenu grand-bi, tamdem, tricycle ou quadricycle. La propulsion par chane a apport une grande amlioration pour la vitesse de l'engin. Celle des pneus, plus de confort ; celle des freins, plus de scurit. L'invention rcente du vlo tout terrain a encore permis de progresser.
CM148.txt
Les couleurs de l'automne.
L'automne sme des couleurs sur toute la fort. Les grands peupliers sont des arbres d'or.
Le marron des chnes voisine avec le rouge des cerisiers. Parfois une feuille mordore tremble au souffle de la bise. Elle rsiste quelques temps, puis elle tombe sans bruit, comme un oiseau bless.
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Chez le dentiste.
Paul a rendez-vous chez le dentiste. L'assistante le fait entrer dans le cabinet du dentiste.  Installe-toi dans le fauteuil, Paul.  
Le dentiste contrle une  une les dents de Paul.  Elle a un petit trou. Je le bouche avant qu'il ne te fasse mal. La radiographie nous montrera la nouvelle dent qui va la remplacer, mais je fais d'abord le plombage.  L'assistante explique :  La fraise enlve la partie carie. Cela ne fait pas mal. 
Le dentiste fait le plombage et polit les dents de Paul. Paul a maintenant des dents bien blanches et bien brillantes.
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Chasse au trsor.
Souvent, Gilles et Olivier jouent dans le grenier chez leur oncle. Un jour, ils font une grande dcouverte. C'est la piste  suivre pour trouver un trsor. Le trsor d'un capitaine de navire. Sur une feuille de papier jaunie, ils lisent des instructions. Servez-vous de vos oreilles, de vos yeux... Enfin, derrire la figure de proue du bateau ils voient une petite porte. Ils l'ouvrent...
