Le secret de matre Cornille (10).
Tout cela sentait le mystre et faisait beaucoup jaser le monde. Chacun expliquait  sa faon le secret de matre Cornille, mais le bruit gnral tait qu'il y avait dans ce moulin-l encore plus de sacs d'cus que de sacs de farine. A la longue pourtant tout se dcouvrit ; voici comment : en faisant danser la jeunesse avec mon fifre, je m'aperus un beau jour que l'an de mes garons et la petite Vivette s'taient rendus amoureux l'un de l'autre. Au fond je n'en fus pas fch, parce qu'aprs tout le nom de Cornille tait en honneur chez nous, et puis ce joli petit passereau de Vivette m'aurait fait plaisir  voir trotter dans ma maison. Seulement, comme nos amoureux avaient souvent occasion d'tre ensemble, je voulus, de peur d'accident, rgler l'affaire tout de suite, et je montai jusqu'au moulin pour en toucher deux mots au grand-pre... Ah ! Le vieux sorcier ! Il faut voir de quelle manire il me reut !
Alphonse Daudet.