Ces moulins-l, voyez-vous, faisaient la joie et la richesse de notre pays. 
Malheureusement, des Franais de Paris eurent l'ide d'tablir une minoterie  vapeur, sur la route de Tarascon. Tout beau, tout nouveau ! Les gens prirent l'habitude d'envoyer leurs bls aux minotiers, et les pauvres moulins  vent restrent sans ouvrage. Pendant quelque temps ils essayrent de lutter, mais la vapeur fut la plus forte et, l'un aprs l'autre, pcare! Ils furent tous obligs de fermer... On ne vit plus venir les petits nes... Les belles meunires vendirent leurs croix d'or... Plus de muscat! Plus de farandole !... Le mistral avait beau souffler, les ails restaient 
immobiles... Puis, un beau jour, la commune fit jeter toutes ces masures  bas, et l'on sema  leur place de la vigne et des oliviers. 
Pourtant, au milieu de la dbcle, un moulin avait tenu bon et continuait de virer courageusement sur sa butte,  la barbe des minotiers. C'tait le moulin de matre Cornille, celui-l mme o nous sommes en train de faire la veille en ce moment. 
(Extrait de: Le secret de matre Cornille d'Alphonse Daudet)

