Ah! je savais bien que vous me reviendriez... Tous ces minotiers sont des voleurs. 
Nous voulions l'emporter en triomphe au village: 
-Non, non, mes enfants; il faut avant tout que j'aille donner  manger  mon moulin... Pensez donc! il y a si longtemps qu'il ne s'est rien mis sous la dent! 
Et nous avions tous des larmes dans les yeux de voir le pauvre vieux se dmener de droite et de gauche, ventrant les sacs, surveillant la meule, tandis que le grain s'crasait et que la fine poussire de froment s'envolait au plafond. C'est une justice  nous rendre:  partir de ce jour-l, jamais nous ne laissmes le vieux meunier manquer d'ouvrage. Puis, un matin, matre Cornille mourrut, et les ailes de notre dernier moulin cessrent de virer, pour toujours cette fois... Cornille mort, personne ne prit sa suite. Que voulez-vous, monsieur!... tout a une fin en ce monde, et il faut croire que le temps des moulins  vent tait pass comme celui des coches sur le Rhne, des parlements et des jaquettes  grandes fleurs. 
(Extrait de: Le secret de matre Cornille d'Alphonse Daudet)

