Les vieux cerisiers avaient fleuri, tous ensemble, dans la mme semaine o s'ouvraient les amandiers et les poiriers. Les poiriers fleurissent en houppes, les amandiers en toiles; eux, les cerisiers de la fort transplants dans la plaine, ils fleurissaient en quenouilles blanches. Autour des rameaux charnus, gonfls et jasps de rouge par la sve, des milliers de corolles neigeuses floconnaient et tremblaient sur leur queue grle, toutes si rapproches qu'on ne voyait plus la branche en maints endroits. Chaque arbre jetait en tous sens ses fuseaux fleuris. D'un bord  l'autre de l'avenue, tant les cerisiers taient vieux, les pointes des rameaux en fleur se touchaient et se mlaient. Un peuple d'abeilles les enveloppait d'ailes battantes.
Une odeur subtile de miel flottait en charpes dans l'avenue, et s'en allait au vent de la plaine, sur les gurets, sur les terres  peine vtues et surprises par ce printemps. Il n'y avait point d'arbres, dans la grande valle ouverte, qui puissent lutter de splendeur avec ce chemin de paradis.


							Ren Bazin