Les spectateurs des tribunes avaient grimp sur les bancs. Les autres, debout dans les voitures, suivaient avec des lorgnettes  la main l'volution des jockeys; on les voyait filer comme des taches rouges, jaunes, blanches et bleues sur toute la longueur de la foule, qui bordait le tour de l' hippodrome. De loin, leur vitesse n'avait pas l'air excessive;  l'autre bout du Champ de Mars, ils semblaient mme  ralentir et ne plus avancer que par une sorte de glissement, o les ventres des chevaux touchaient la terre sans que leurs jambes tendues pliassent. Mais revenant bien vite, ils grandissaient; leur passage coupait le vent, le sol tremblait, les cailloux volaient; I'air s'engouffrant dans les casaques des jockeys, les faisait palpiter comme des voiles;  grands coups de cravache, ils fouaillaient leurs btes pour atteindre le poteau, c'tait le but. On enlevait les chiffres, un autre tait hiss, et, au milieu des applaudissements, le cheval victorieux se tranait jusqu'au pesage, tout couvert de sueur, les genoux raidis, I'encolure basse, tandis que son cavalier, comme agonisant sur sa selle, se tenait les ctes. 


					Gustave FLAUBERT