Voyez donc toutes ces moulures qui s'avancent et qui empchent que de nos fentres on distingue ce qui se passe dans la baraque. Et l'escalier donc qui est aussi large que si c'tait un chteau ! Que d'espace perdu ! Et cette rampe en fer forg, est-elle assez prtentieuse ! Comme ceux qui s'y appuient doivent avoir froid aux mains ! 
Comme tout cela est sottement imagin ! Dans une des maisons neuves, bien propres, d'un got bien prosaque, celle qui tait juste en face, se tenait souvent  la fentre un petit garon aux joues fraches et roses; ses yeux vifs brillaient d'intelligence. Lui, il aimait  contempler la vieille maison; elle lui plaisait beaucoup, qu'elle ft claire par le soleil ou par la lune. Il pouvait rester des heures  la considrer, et alors il se reprsentait les temps o, comme il l'avait vu sur une vieille gravure, toutes les maisons de la rue taient construites dans ce mme style, avec 
des fentres en ogive, des toits pointus, un grand escalier menant  la porte d'entre, des dragons et autres terribles gargouilles tout autour des gouttires; et, au milieu de la rue, passaient des archers, des soldats en cuirasse, arms de hallebardes. 
(Extrait de: La vieille maison d'Andersen)

