C'tait vraiment une maison qu'on pouvait contempler pendant des heures. Il y demeurait un vieillard qui portait des culottes de peau et un habit  grands boutons de mtal, tout  fait  l'ancienne mode; il avait aussi une perruque, mais une perruque qui paraissait bien tre une perruque, et qui ne servait pas  simuler habilement de vrais 
cheveux. Tous les matins, un vieux domestique venait, nettoyait, faisait le mnage et les commissions, puis s'en allait. Le vieillard  culottes de peau habitait tout seul la vieille maison. Parfois il s'approchait de la fentre; un jour, le petit garon lui fit un gentil signe de tte en forme de salut; le vieillard fit de mme ; le lendemain ils se dirent de nouveau bonjour, et bientt ils furent une paire d'amis, sans avoir jamais chang une parole. Le petit garon entendit ses parents se dire: 
-Le vieillard d 'en face a de bien grandes richesses ; mais c'est affreux comme il vit isol de tout le monde . Le dimanche d'aprs, l'enfant enveloppa quelque chose dans un papier, sortit dans la rue et accostant le vieux domestique qui faisait les commissions, il lui dit : 
-Ecoute ! Veux-tu me faire un plaisir et donner cela de ma part  ton matre ? J'ai deux soldats de plomb ; en voil un ; je le lui envoie pour qu'il ait un peu de socit ; je sais qu'il vit tellement isol de tout le monde, que c'est lamentable. Le vieux domestique sourit, prit le papier et porta le soldat de plomb  son matre. 
(Extrait de: La vieille maison d'Andersen)
